La Princesse-Racine

A force d’attendre le prince charmant, elle avait pris racine. Sa main gauche était devenue branche ; elle ne porterait jamais d’alliance.

Pour se mirer, une pomme. Elle singeait la belle-mère qu’elle avait eue :

Dis-moi, qui est la plus belle ?

Saleté de vieille peau ! Où pourrissait-elle à présent ?

Jadis, on la disait légère comme la plume. Dorénavant, elle resterait plantée là ; même ses cheveux étaient devenus feuillages.

A l’horizon, nul prince charmeur. Abandonnée à son triste sort, la princesse en pinçait pour sa pomme, rouge comme le sang.

Dans le ciel, une poussière d’étoiles apportaient un peu de lumière dans son crépuscule de vie.

Je ne bougerai plus, pensait-elle.

Combien de temps allait-elle résister ?

Point de mer où jeter une bouteille ; ses SOS ne seraient pas entendus.

Et la pomme ne répondait pas à ses suppliques.

Dis-moi, qui est la plus belle ?

A ses pieds, le tambour restait muet. Il ne roulait pas sur lui-même pour tempérer la marche funèbre. Il s’était tu.

Une chanson au loin entre les arbres bruissait :

La pluie fait des plaquettes.

Mortuaires.

L’épaisse couche feuillue l’épargnait. Elle voulait crier, mais dans sa poitrine, nul coffre à déployer. Le silence l’avait desséchée. Ses poumons étaient atrophiés.

Au-dessus d’elle, un angelot passait :

Es-tu prête ?

Elle ne sut que dire. Elle ne sut que faire.

L’angelot questionna :

Veux-tu que je te déracine ? Ou préfères-tu mourir en vielle souche ?

La princesse voulut hurler, mais même les sons mouraient dans sa gorge.

Anéantie par le désespoir, la princesse ne put se dégager.

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