La voyante à la roulotte

Place Denfert-Rochereau. Une roulotte. Une pancarte sobre.

Voyante prédit le passé, le présent et l’avenir

– Voilà ce qu’il me faut, murmure Clémence.

La jeune femme jette un œil sur sa droite, sur sa gauche ; elle enfonce le bonnet sur ses yeux, remonte le col de son trench coat. Personne ne peut la reconnaître. Elle toque à la porte. Aucune voix ne sort. Elle colle son oreille contre la vitre. Silence. Elle frappe plus fort.

– Ça va, ça va, je suis là ! bougonne une voix rauque de femme.

Un turban enroulé sur la tête, un long fume-cigarette entre l’index et le majeur, la voyante apparaît.

– Qu’est-ce que tu veux, mon p’tit ?

– Que vous me parliez de moi, chuchote Clémence.

La voyante part dans un grand éclat de rire.

– C’est vaste, ça ! Passé ? Présent ? Futur ?

– Vous me faites un prix si je prends les 3 ?

La voyante se gratte le turban.

– Fichtre ! N ne me l’avait jamais faite, celle-là !

Elle hésite un instant avant de faire entrer la jeune femme das la roulotte.

– Boule de cristal ou tarot ?

Clémence écarquille les yeux.

– Hem, je vois. Tu n’es pas une habituée, hein ? Bon, je prends le pendule. Alors… tu es née en 1515, avenue de Marignan. Ton père… François, avait une barbe fleurie. Plus tard, il se fera appeler Antoine, et sillonnera les atoll sur son voilier. Oh yeah !

Clémence se recule sur sa chaise. La voyante est en transe.

– Et puis… tu as 354 ans ; je vois un énorme suppositoire se poser sur une terre constellée de cratères !

– Vous… vous êtes sûre de vous ? J’ai le vertige, gémit Clémence.

– Calme ! Reste calme… le passé se rapproche. François… a rasé sa barbe, il a limé ses dents, il devient… président !

– Vous en êtes sûre que c’est le même François que tout à l’heure ? Vous me disiez qu’il se faisait appeler Antoine.

– Antoine ? dit la voyante, les yeux exorbité. Antoine, c’était son nom pendant la guerre.

– Bouh !!! Je m’y perds ! Racontez-moi le futur, s’il vous plaît. Je vais me marier ? J’aurai des enfants ?

– Oui, dans un an.

– Dans un an quoi ?

– Dans un an tu lui diras si tu veux l’épouser.

– Qui ?

– Quoi qui ? Lui !

– Qui lui ?

– Mais enfin, lui, ton mec !

– Justement, j’en ai pas !

– C’est pas mon problème, c’est le pendule qui le dit !

– Vous voyez autre chose ?

– Oui, je vois !

– Vous voyez ?…

– Oui je vois ! Je vois qu’il est l’heure H, je vois qu’est venu le temps T où tu t’es enfin tue ! Chut !

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