Le pétrin

Le baril était plein de farine. Le fournil était chaud comme la braise. Il avait pétri une bonne partie de la nuit. La pâte reposait tandis qu’il était sorti prendre l’air, une cigarette aux lèvres, une tasse de café à la main. Il regardait le jour se lever. Il aimait cet entre-deux, lorsque le ciel prend toutes les couleurs de l’arc-en-ciel pour passer du noir étoilé au blanc à pois bleus.
Il ferma les yeux pour expirer la fumée. Ses cils lui chatouillaient les paupières. Le tabac lui brûlait la gorge. Il toussait légèrement après avoir avalé la fumée. Il n’aurait jamais dû commencer, on l’avait averti. Il expira une dernière fois, jeta son mégot par terre, l’écrasa puis finit son café.
En se lavant les mains, il se disait que sa vie ne tenait plus qu’à un fil. Une avalanche de questions le submergea soudain. Quelle vie inutile menait-il ? Seul la nuit, seul le jour, avec pour seule compagnie, son pétrin. Comment s’en déferait-il ? Surtout ne pas fléchir, ne pas s’avilir. Avancer, juste avancer, sans peur de l’avenir, sans crainte d’un quelconque péril.
Il trouvait l’idée subtile mais son manque d’enthousiasme le paralysait. Il trouvait cela presque puéril. Il se ravisa en pensant à tous ces enfants beaucoup plus courageux et téméraires que lui. A quatre heures, ils débarquaient en trombe pour lui demander pains au chocolat, pains aux raisins et autres viennoiseries. Ça leur donnait des forces pour affronter le toboggan géant. Il en profitait pour leur glisser un ou deux bonbons.
Un autre jour se levait et il n’avait toujours pas le courage de partir, ni l’envie de rester. Quitter cette ville était une aventure qui le rendait trop fragile.
Il commença à faire des petites boules, saupoudra de farine et remit les mains à la pâte.

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