L’épouvantail et la jeune fille

A l’origine de la tempête, il y avait un épouvantail lunaire. Il apparaissait à chaque pleine lune au milieu du champ de blé face à la maison. Hyacinthe détestait ces nuits, car elle avait toujours l’impression que son regard de paille la suivait partout. Qu’il était plus vivant qu’il ne voulait le laisser croire. Son père lui avait raconté que l’épouvantail était apparu pour la première fois lors de la première mauvaise récolte 200 ans auparavant et depuis il veille sur les hectares de terres. Les protège des nuisibles, des maladies, du temps. Enfin les protégeait jusqu’à il y a quelques jours. Hyacinthe avait évité soigneusement de le regarder comme à chaque pleine lune. Et au matin au lieu de voir les champs sous un doux soleil de printemps, elle avait découvert l’épouvantail au milieu du champ et une tempête de neige et de grêle faisait rage. Elle ne semblait pas vouloir s’arrêter. Hyacinthe observait par la fenêtre les flocons tourbillonner et la silhouette sombre de l’épouvantail qui se détachait à travers. Elle entendit alors un glapissement et se souvint qu’Ernest, son renard, était resté toute la nuit dehors. Elle le trouva transi de froid sous le porche. Après cela, la tempête sembla durer une éternité et Hyacinthe perdu la notion du temps et des jours. Jusqu’à ce matin, où elle se réveilla doucement dans le lit de fortune qu’elle avait installé devant l’âtre pour ne pas perdre de chaleur. En regardant par la fenêtre, elle vit que la tempête était finie et que le givre recouvrait toute la propriété et la forêt alentour. Elle hésita un instant mais sa curiosité la poussa à sortir pour comprendre ce phénomène qui semblait lié à l’épouvantail. Elle s’emmitoufla puis ouvrit la porte en disant : « Viens Ernest. »

La fraîcheur de l’air la saisit aussitôt mais elle ne pouvait plus reculer. En frissonnant, elle se dirigea vers le champ. En arrivant, elle contourna la charrue puis ouvrit la barrière. Tout crissait sous ses pieds comme au cœur du plus dur  des hivers. Elle se demanda un instant si elle n’hallucinait pas comme pendant un bonne fièvre. Elle se positionna devant l’épouvantail et tendit les doigts pour le toucher. Il trembla alors et leva sa tête vers elle.

« Pourquoi as-tu peur de moi qui te protège ? »

Ce contenu a été publié dans Atelier Papillon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.