Les travaux de Virginie Ravis

Le carton est là devant elle. Rien n’est indiqué sur celui-ci. Elle réfléchit. Elle attend des coussins en mousse, des draps, des couches mais aussi une machine à coudre, trois fers à repasser et une machine à tricoter. Au poids, ce ne peut pas être du textile, mais bon, elle n’a pas de temps à perdre à jouer aux devinettes. Elle doit être prête pour la fin de la semaine. Elle attrape le coupe papier et ouvre le carton. C’est la machine à coudre ! Virginie est ravie. Elle a le premier élément clé pour effectuer sa mission dans l’Orphelinat de Bingari. Parce qu’à Bingari, ce n’est pas d’électronique, de réseau et d’internet dont Virginie aura besoin mais de matériels basiques pour effectuer ses recherches sur la protection des enfants contre les effets secondaires de la lutte entre pucerons et coccinelles à la recherche des points rouges, sur le corps des petits pensionnaires. Le blanc, le rouge, le doré : le blanc des draps méticuleusement lavés et repassés pour éviter le moindre faux pli, le rouge sur les ailes des coccinelles, le doré soyeux des petits corps. Virginie doit prouver que les coccinelles n’ont pas de visées nocives mais qu’au contraire, elles sont là pour protéger la santé de l’enfant, pour écarter les pucerons qui cherchent à se nicher dans les plis potelés du cou et à la base de la nuque dans le duvet des petits cheveux. Elle sourit en pensant à son confrère, Herbert Lefer, le dur en affaire, qui voulait absolument lui coller dans ses bagages un microscope atomique, rien que cela ! pour écraser l’avancée de l’armée des pucerons, lui avait-il dit. Virginie prévoyait plutôt de tricoter des filets pour les installer tout autour des berceaux et d’y ajouter des pièges de coton qui éblouiraient les pucerons mais laisseraient passer les coccinelles. Car elle l’avait constaté, les pucerons s’embourbaient dans la ouate alors que les coccinelles se contentaient de les survoler. Les bébés ne s’y trompaient pas, les pucerons les voyaient gigoter et frotter leur tête sur les coussins tandis que les coccinelles se reflétaient dans leurs yeux et les envoyaient au pays des rêves. Virginie Ravis avait fait sa spécialisation de scientifique chercheuse sur le thème de la guérison des nourrissons par la douceur pour éviter de développer en eux la colère et l’agressivité. Elle prévoyait de rester plusieurs années auprès des nourrissons pour les observer pendant leur croissance, comme de jeunes pousses de bambou, sans les solliciter.

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