L’avenir

– L’avenir c’est foutu. Foutu. Merdique. Exécrable. Tu verras. Fini les bons petits plats délicats, variés, colorés, frais. Ce qui nous pend au nez c’est de manger vite fait dans des petits boui-boui détestables des trucs crado fabriqués à l’usine, bourrés de pesticides. Des trucs sans goût. Faudra pas pleurer : tu vois, le Mac Do et le restauroute ce sera Versailles. Y a quelque chose de malveillant qui se développe – l’autre jour quelqu’un de mon entourage a dit « déplaisant », mais le mot est faible !

– Tu es chiant à nous chanter l’apocalypse dès que tu peux. C’est désagréable de t’entendre vomir ta bile. Regarde, la neige est tombée toute la journée et c’est beau Paris sous la neige. C’est bon cette odeur de station de ski en plein Paris. Ça réveille l’enfance, non ? Moi, contrairement à toi je me délecte de ce que j’aime. Je m’émerveille.

– C’est surfait ton émerveillement. C’est tellement énorme que personne n’y croit. Même pas toi. Regarde-toi. Tu es rongée par les insomnies, les maladies psychotrucs. Tu te crois obligée de te croire heureuse. Mais ouvre les yeux. Tu oublies la fonte des glaciers ? La pollution des océans ? La surpopulation ? C’est quand même pas un détail, une vision à l’envers. C’est factuel. Ça n’a rien d’incalculable. Tu peux décider de mettre la tête dans le sable et de sagement te la boucler, mais ça change rien au constat.

– Tu es méchant. Tu vois, j’avais envie de te proposer de venir marcher avec moi en forêt dimanche, mais j’ai pas envie. Tu me fais peur. Tes visions sont trop sombres pour moi, j’en ai pas besoin. C’est pas ça qui me fera mieux dormir. C’est pas ça qui calmera mon anxiété. Alors ne reviens pas tant que tu n’auras pas plus de respect pour ce que je suis et pour ce que je tends être.

– Ah, tout de suite les grands mots, la tragédie, le tout ou rien. Tu prends tellement au sérieux ce que les autres disent. Relativise, putain, relativise…

– Non. Je revendique mon premier degré. Ma fragilité. J’ai pas d’air bag et j’en veux pas. J’ai envie de marcher en silence dans la forêt, de me réjouir du chant des oiseaux, de la terre sous mes pieds, des grands arbres. J’ai envie d’être contente de monter dans le train, de manger un bon sandwich assise sur une souche. De préparer mon sandwich assise sur une souche. De préparer mon Thermos de thé. J’ai envie d’aller dans mon magasin bio et de signer des pétitions contre la pêche électrique sans subir tes sarcasmes. Alors laisse-moi tranquille.

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