Le blanc des yeux marbré

J’ai tout de suite remarqué qu’elle avait le blanc des yeux marbré de petites veines rouges. Je me suis abstenu de lui demander des explications. Elle avait droit à sa part de mystère, me suis-je efforcé de considérer intérieurement, tentant d’épouser la posture du père conciliant. J’ai grimacé un sourire qui se voulait accueillant mais qui masquait sans doute mal mon trouble. Il allait falloir que je m’habitue à ne plus tout connaître de sa vie, que j’accepte les parenthèses et le clair obscur. Ma fille grandissait à vue d’œil et je n’aurais bientôt plus qu’une vision impressionniste de son existence. Quelques tâches de couleurs ici et là, qu’elle voudra bien me partager. A combien pouvais-je estimer la zone d’ombre qui restera à jamais inaccessible à mes yeux attendris mais inquiets ? Les trois-quarts, la moitié si j’avais de la chance ? Ne surtout pas faire marcher mon imagination bien trop fertile pour jeter de la lumière sur la face cachée de mon adorable petite Lune. Je la connaitrais désormais en pointillés, les silences radio vont se multiplier et j’avais intérêt à apprendre rapidement à décrocher du poste, si je ne voulais pas finir éparpillé dans la galaxie de l’angoisse.

– Tu veux un verre d’eau ? lui ai-je demandé

Elle a fait oui de la tête et est venue s’asseoir à la table de la cuisine.

Ce contenu a été publié dans Atelier au Long cours. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.