Trente minutes par jour

Il se sentait trop conventionnel, voire trop pauvre type, pour qu’écrire une auto fiction ne présente le moindre intérêt à ses yeux. C’est avec cette pensée qu’il ouvrit son cahier le premier matin. Ce n’était pas très bien parti. Il s’était engagé à écrire trente minutes tous les jours. Trente minutes minimum, avait précisé Annabelle, sa coach d’écriture, qu’il s’était par ailleurs engagé à payer un prix d’or sur les six prochains mois.

Il écouta pendant un long moment la pluie tomber sur le toit en tôle à quelques dizaines de centimètres au-dessus de sa tête. Il se retint de commencer son texte par « Il pleut ». Il aurait trop honte devant Annabelle la semaine prochaine. Il évita aussi « La pluie fait des claquettes », déjà pris, ainsi que « C’est la fête à la grenouille ».  Il avait sa dignité.

Certes, mais au bout de dix minutes la plage restait ridiculement immaculée. Toutefois il n’allait pas se dégonfler. Il allait se triturer la tête pour en extraire ce qui se tramait. Il pensa au bord de Saône à Lyon, sans savoir pourquoi. Il n’écrivit pas : « je marche sur les bords de la Saône à Lyon ». Puis il se dit qu’il n’avait pas de sœur mais il n’arrivait pas à voir en quoi cela pourrait faire un bon début. Quelque chose se mit à trembler en lui et il prit conscience qu’il n’avait pas peur de la page blanche mais plutôt de ce qu’il pourrait y écrire.  Voyons, que lui avait conseillé Annabelle dans pareil cas ? Ouvrir le dictionnaire au hasard. Il tomba sur « agression ». Bof, la violence pas trop son truc. Il réessaya : « Heurter ». Ah non décidément il n’y arriverait pas.

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