Albertine et Etienne

La vieille Albertine, son panier en osier plein de poireaux au bras, revient du marché à petits pas.
Albertine a un faible pour ces légumes rigolos depuis que l’Etienne s’en est allé.
Ils lui rappellent son Etienne. Elle le ressuscite tous les jeudis midi. C’est ce qu’elle se raconte, quand ils mijotent sur la cuisinière en fonte.
L’Etienne, il était docile et il avait des poils dans le dos. Elle détestait cela Albertine. Maintenant qu’il est parti ; elle regrette ses poils dans le dos et son air de chien docile qui l’agaçait du temps de son vivant !
Maintenant il lui manque.
Plus de mots à siroter avec l’Etienne au coin du feu. Plus de joutes verbales sur l’emploi de tel ou tel mot. L’Etienne, le professeur de français supportait mal qu’un mot soit employé à contre temps ou à contre sens.
Lui si docile, entrait dans une colère noire si Albertine se trompait de mot.
Elle appelle ce souvenir puissant en époussetant chaque vendredi matin la collection de fossiles posés sur le manteau de marbre grenat de la cheminée du salon.
Ah ! Sa collection de fossiles !
Une de ses lubies, jamais comprise d’Albertine.
Pourquoi passer des heures, les yeux rivés sur le sable à espérer trouver Le fossile au lieu d’admirer la mer, le ciel, de rester coi, la bouche en cœur, les yeux humides face au coucher de soleil sur la plage normande d’ Avranches. Ce fut un autre de leurs clivages.
Aujourd’hui, Albertine époussette précautionneusement chaque fossile en veillant à ne pas en ébrécher un seul.
La collection d’Etienne, elle y tient.
C’est étonnant comme le décès de l’être cher peut changer la donne de ce que l’on aime et de ce que l’on déteste chez l’autre, se dit Albertine en remuant ses poireaux dans la cocotte en fonte bleue

Mon Etienne, t’ai- je assez dit que j’étais bien avec toi ?
Je les aime tes fossiles, tes poils dans le dos, tes bagarres sur les mots.
Désormais , je poireaute en espérant te retrouver un jour, mon Etienne.
Je me surprends à chercher des fossiles quand j’arpente les criques d’Avranches.

A propos Catherine Z

J'écris depuis mon adolescence...comme beaucoup j'ai tenu un journal intime puis j'ai écrit des poèmes puis des textes et quelques petites nouvelles. J'adore lire depuis que je sais lire . Les livres furent mes premiers amis .
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