Les grignoteurs d’Yggdrasil

 

Kory avait pédalé à vive allure sur quatre kilomètres. Il faisait nuit noire dehors et la tempête commençait à se lever. Il avait posé son vélo à la hâte et couru jusqu’au phare. L’odeur de la marée lui chatouillait les narines. Des bribes de voix se faisaient entendre. Il ne devait plus être loin.

A mesure qu’il avançait, des bruits de verre tintaient et il comprit bientôt que Donnie n’était pas dans le coin. Trop tard ! Déjà Gisréon, l’ivrogne du village s’avançait vers lui.

« _ Il est bien tard p’tit gars pour v’nir t’ballader par ici. T’aurais pas avec toi un peu d’ngnioule, de l’liqueur de prune ?

Kory pouvait sentir l’haleine âcre de Gisréon et ses joues n’étaient pas en reste face aux postillons éclatants de part et d’autre.

_ Ah non M’sieur ! Désolé. Je cherchais juste mon frère.

Il s’éloignait tout en parlant. Son regard se posa sur deux pieds dépassant de derrière le muret en pierre. Affolé, il émit un couinement avant de détaler comme un lapin.

_ Gamin ! T’en vas pas comme ça ! C’est que l’vieux Georges qu’est saoul comme une barrique ! »

Kory courrait à perdre haleine. Il ne voulait pas être le prochain du bourg à disparaître jeté dans le port. Et où était donc ce Donnie ? Les parents allaient bientôt rentrer et la troupe de grignoteurs ailés n’avait pas disparue. Leur tintamarre avait même alerté la police.

« C’est juste un livre tête d’œuf, qu’il avait dit ! Tu parles ! C’était pire que Jumanji ! Comment mettre un terme à cette marée vrombissante en provenance directe d’Yggrasil ? Oui carrément ! Et déjà un corbeau avait surgit. Il ne tenait certainement pas à faire face à Odin en personne.

Il aurait encore préféré à la limite ne pas recevoir de cadeau d’anniversaire du tout plutôt que de tomber sur cet os. Le vieil oncle était cassé de la théière pour lui offrir un truc pareil ! On ne parlait pas d’un minuscule incident !

Kory continuait à pédaler. Le ciel s’obscurcissait et il entendait comme des croassements dans l’air. C’était bien plus vilain que le chant du merle qui le réveillait tous les matins à travers le vélux.

Oh ! Oh! Il y avait un grand bonhomme là-bas ! Ses yeux luisaient bizarrement… Et c’était ni Donnie ni Gisréon… Snif.

 

A propos Elise V

Auteur et photographe née en 1990. Vit et travaille en région parisienne. Publications dans les revues An Amzer Poésie, Bloganozart, Fantasy Art & studies et dans les recueils collectifs A-Marée et Encuentro chez Bloganozart Editions. Parution en 2015 de Jacques Cauda, in Cauda venenum aux éditions Jacques Flament, biographie du peintre et écrivain Jacques Cauda, en co-écriture.
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