Un destin parmi d’autres

Je suis bien aise d’être née dans un four à pain. Le fait est étonnant, je vous l’accorde, mais que voulez-vous ? Les artisans du coin sont talentueux.

A grand renfort de bulles de lave, je me suis extirpée du néant. Robert a accouché de moi comme Socrate de sa maïeutique. On m’a chauffée verdâtre pour protéger des rayons du soleil. Rafraîchie dans la glace et séchée comme de la venaison, j’ai voyagé jusqu’à un entrepôt au Portugal. Des grands fûts de chêne m’entouraient. Bientôt des mains caleuses m’ont saisit et obligée à absorber quelque liquide âpre.

Plongée dans le noir, j’ai atterrit sous une lumière criarde aux côtés de congénères. D’autres mains m’ont saisit, m’étudiant sous toutes les coutures. Un bip éclatant et une nouvelle plongée dans le noir.

Aujourd’hui, je domine une vaste pièce largement éclairée. Ils font des allers et venues avec des bruits de claquement. Ca sent la viande grillée et les esprits s’agitent. Mes collègues d’étagère sont déjà passées à la casserole… Bientôt ce sera mon tour.

Ah ! justement voilà quelqu’un. Un autre crie : « Dominique, tu nous ressers un p’tit Porto ? »

Je serai ce soir au recyclage avec les piques à brochettes.

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