Nuit contre jour

Le soleil lui brûlait les yeux.

L’astre jaune lui cuisait la peau.

L’éclairage du jour épuisait son ardeur.

Lassée de la lumière, elle attendait la nuit. Là, sous la flamme d’une bougie, son cahier d’écriture se tenait prêt.

Prêt à accueillir ses envolées esthétiques. Le papier, épais, pourrait absorber les larmes de son passé.

Écartelée entre un père absent et une mère sourde à ses questionnements, elle n’avait pour seul interlocuteur qu’un ecclésiastique. Le Père Jérôme était son visiteur du soir. Lorsque la mère sortait le soir et laissait seule sa fille avec son désespoir, le presbytère de Jérôme devenait la seconde maison de la gamine.

La nuit enveloppait d’une douceur bienveillante leurs échanges. Les étoiles se faisaient les témoins de leurs paroles. La jeune fille grandit et perpétua son rituel du soir. La nuit lui appartenait.

Loin de la violence du jour qui la giflait se ses réalités crues, elle aimait s’entourer d’obscurité. Vérités cachées, ou bien dévoilées, la nuit n’est pas que néfaste. La nuit ne lui nuit pas. Dans le noir, elle renaît.

 

Jérôme commençait à lui rappeler qu’il faudrait bientôt réintégrer la vie diurne, qu’elle ne pouvait pas se comporter en chouette toute sa vie, à moins d’embrasser une profession nocturne. La jeune femme n’entendait qu’une chose. Travailler la nuit, pour fuir le jour.

Autour d’elle, les uns invoquaient le courage, d’autres la folie. Des années d’études suivirent, elle devint concierge de nuit dans un grand hôtel.

Elle accueillait les clients derrière la flamme d’une bougie. Son grand livre recueillait les desiderata des clients. Et leurs larmes, aussi.

Ce contenu a été publié dans Atelier d'été. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.