Au fil des photos

Dans une salle sombre, chacun d’un côté de la table, une jeune femme et un jeune homme sur la table deux cafés. Ils se regardent. Héloïse trace le contours de la photo. Le noir et blanc fait ressortir la jeunesse des deux personnes. Un instant suspendu qui a défini toute son existence. Les yeux d’Héloïse parcourt la page. Les deux mêmes personnes dansent au milieu d’une autre salle. La robe blanche et le costume noir se contrastent l’un et l’autre. Il se regardent toujours comme si le monde n’existait pas. Les clichés s’enchainent et prennent des couleurs. Les pages accélèrent le temps. Jusqu’à s’arrêter en même temps que les doigts d’Héloïse. une seule photo sur la page. Bien en haut. La jeune femme et le jeune homme, légèrement plus vieux. Cette fois-ci, ils ne se regardent pas, mais l’intensité est la même. Ils se tournent tous deux vers les bras de la femme où se trouve un bébé joufflu bien enveloppé dans sa couverture. En bas de la page, un faire-part de naissance. Héloïse passe sur chaque lettre incrusté dans le papier. Chaque lettre qui forme une vie nouvelle qu’elle connait bien. Au fil des pages, le bébé grandit, le jeune homme et la jeune femme prennent des années. Et pourtant une chose ne change pas. Les regards. Ces regards remplis d’amour qui font disparaitre le monde. Pour eux et pour la petite fille. Héloïse laisse son esprit suivre ses doigts. Ils l’emmènent de souvenirs en souvenirs. Jusqu’au trésor. Celui qui fait trembler son corps d’un rire sans retenu. Au milieu de la page trône une photo de l’homme. Une photo à laquelle le noir et blanc n’aurait pas rendu justice. Un portrait banal dans sa composition et dans sa réalisation. L’étrangeté venant plutôt de l’homme lui-même. ou de son accoutrement. Héloïse en a presque les larmes aux yeux. Elle peine à concilier l’homme de la photo avec celui qu’elle connait. Pantalon de costume gris, chaussure de ville, lunette de soleil pour le parfait look de l’homme d’affaire. Puis tout dérape. Polaire bleu foncé et poncho de vert, marron aux motifs péruviens. L’ensemble semble invraisemblable et pourtant la photo existe. De sourire en rire en souvenir, les pages et le temps s’égrènent. De la petite fille à l’adolescente à l’adulte, Héloïse se rapproche du présent. Jusqu’à la page blanche. Celle où tout est possible. Tout est à découvrir. A inventer. A côté de l’album des dizaines de photo attendent. Feront-elles parties des quelques élus ? Ou finiront-elles oubliées dans un tiroir ? Héloïse les regarde une par une puis les tri par date. Il ne reste plus qu’à choisir.

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