Ce jour de juin

Parfois, j’oublie ce matin de juin ou était-ce un après-midi ? Mais toi ? C’était il y a longtemps maintenant. Nos chemins se sont croisés puis se sont décroisés. La mer s’est retirée à chaque pleine lune et j’espérais te retrouver à chaque fois qu’elle remontait.
Sur mon bureau s’entassent toutes les lettres que je t’ai écrites, j’ai couché des mots en plusieurs langues parce que le français ne me suffisait pas toujours pour dire ce que j’avais au fond de moi. Il y a des langues qui, en un seul mot, exprime l’essentiel, le tout. Pas besoin d’échanges de regard pour se comprendre. Ce seul mot se suffit à lui-même pour passer le bon message, à la fois multiple et simple.
Je t’ai écrit chaque semaine, je t’ai raconté ma vie, mes bonheurs, mes malheurs, mes joies, mes pleurs. J’ai eu tant de vies en une seule. J’ai aussi imaginé ce que pouvait être la tienne. Parfois, mon imagination était timide et je te voyais prendre un train pour te rendre à Strasbourg. Pourquoi Strasbourg, me demanderais-tu. Pourquoi pas, te répondrais-je. Pour le marché de Noël, pour l’Alsace, pour la frontière, parce que je me doutais bien que tu avais dû en franchir des frontières dans ta vie.
D’autres me parlent parfois de toi, de tes exploits, des endroits où tu es, où tu as été, où tu voudrais encore aller. Jamais quelqu’un ne m’a dit que tu aurais aimé te poser, rester près de moi, comme cette fois-là en juin où ni toi ni moi, nous nous connaissions.
Nous avons couché, ce jour-là, des mots sur du papier, moi dans un cahier, toi sur des feuillets. Etait-ce déjà un signe que tu ne voulais pas t’attacher ? Au fil des mois, des années, tu revenais de temps en temps, tu promettais de revenir mais tu n’en faisais rien. Peut-être voulais-tu te faire désirer ? Peut-être étais-tu déjà parti ailleurs ? Tes mots s’accordaient toujours avec de nouveaux horizons en Afrique, en Asie, dans les Caraïbes. Tes mots faisaient le tour du monde. Tu t’enorgueillissais d’avoir un nom indien « Nuage au-dessus de la prairie ». Était-ce une pure invention de ta part ou effectivement un nom qu’on t’avait donné lors de tes très nombreux voyages.
Tu sais, j’aurais voulu que tu me voies, que tu me trouves belle, que tu remarques mes talons, tout mon attirail pour que tu me souries enfin. Et puis, tu m’as souri, tu m’as parlé, tu m’as questionnée. Tu as voulu me conduire chez moi, comme un homme bien élevé. Après tout ça, mon cœur s’est emballé et j’ai pensé qu’il vaudrait peut-être mieux arrêter de penser. De penser tout court, de penser à toi, de penser à nous.
J’ai soupiré souvent de ne pas te voir assis là. Un jour, peut-être en juin prochain, de contentement, je soupirerai parce que tu seras là, je serai là et enfin, oui, enfin…

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