En quête

Sur la table plus aucune surface n’était disponible. Entre les tasses de thé vides, les papiers en tout genre et les quelques magazines, on ne voyait plus le joli bois ouvragé de cette table antique. Et à côté de la table, Julia faisait les cent pas. Bientôt ce serait le vieux parquet qu’on ne verrait plus. Julia essayait de réfléchir, de discerner le schéma. Néanmoins, rien n’avait de sens. Aucune pièce du puzzle ne s’emboitait. Alors cette grande brune au visage parsemée de tâches de rousseur marchait de long en large dans son salon, une n-ième tasse fumante à la main en se mordant la lèvre inférieure. Il y a quelques jours, elle avait cru enfin pouvoir terminer l’œuvre de sa mère. L’œuvre de toute une vie. Mais dans l’excitation, elle n’avait pas revérifier ses données et était devenue la risée de son département de recherche. En un instant, sa réputation et son travail avaient été balayés par ce que ses collègues appelaient un conte de bonne femme. Julia avait eu du mal à se faire une place dans ce monde d’homme mais à force de détermination elle y était arrivée. Elle avait aussi du cacher son vrai but par peur de finir comme sa mère. Une paria. Ce qui s’était concrétisé finalement. Julia fumait autant que sa tasse de thé. Et le temps au dehors correspondait à son humeur. Les gouttes d’eau tambourinaient sur les vitres de son appartement. De plus en plus fortes. L’orage était proche. Julia regarda la table recouverte. Tous ces papiers, ces recherches pour rien. Toute une vie pour rien. D’un geste brusque, elle envoya valser au sol les cartes, les données, les dessins. Un magazine au titre accrocheur « 65 millions de consommateurs vous informe : quels produits sont bénéfiques à votre santé ? » atterrit même dans la cuisine. Julia se tenait maintenant au milieu d’un océan de papier. Et elle se retrouva dans une hésitation qui lui était étrangère. Persister ou abandonner. Tenir ses positions ou prétexter un coup de folie. Elle en était là de ses réflexions quand un éclair illumina la pièce. Son œil capta alors quelque chose. un inscription. Au deuxième éclair, cela se confirma. Il y avait quelque chose qu’elle n’avait pas encore remarqué. Tout à coup, les pièces s’emboitèrent à la perfection. Elle avait mal compris au départ, mais maintenant elle savait. Julia posa la tasse encore pleine sur la table, attrapa les papiers importants qu’elle fourra dans son sac. Elle attrapa son foulard violine et son manteau au passage et claqua la porte derrière elle. Elle devait prendre le premier train, le premier wagon. Tant pis pour son travail. Tant pis pour tout le reste. Elle devait savoir si elle avait raison. Si sa mère avait toujours eu raison. Peut-être qu’enfin cette errance serait finie. Elle se devait d’essayer été elle n’avait plus rien à perdre. Elle marchait d’un pas rapide dans les rues avec un sourire fendant la totalité de son visage. Elle tenait fermement son sac qui contenait peut-être la plus grande découverte de sa vie. Peut-être la plus grande découverte du siècle. Julia se sentait pousser des ailes. Elle allait enfin sortir du néant absolu. Elle allait enfin trouver le nombre d’or.

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