Et si la Joconde pleurait ?

« Et si la Joconde pleurait ? »

Elise entendit cette phrase en passant dans la salle bondée de la Joconde. Bizarrement, elle résonna en elle. C’est vrai que tout le tableau aurait alors changer d’allure. Cela lui semblait impensable. La Joconde qui pleure. Est-ce que cela aurait tout changer ou rien ? Y a-t-il un mode parallèle où la Joconde pleure ? Elise continuait d’arpenter les salles du musée mais sans plus regarder autour d’elle. Elle était obnubilée par les questions qui jaillissaient sans cesse de cette phrase entendue. Si elle pleurait, serait-elle un tableau aussi connu ou serait-elle tombée dans l’oubli ? Qu’est-ce que cela aurait changer pour Léonard ? Pour le monde ? C’était la question qui l’obsédait le plus. Est-ce que le simple fait des larmes de la Joconde ou de son sourire pouvait altérer la face du monde ? Elise en avait la tête qui tournait et entreprit de trouver un banc pour s’asseoir. Elle trouva une place en face d’un tableau. Paysage de mer en plein tempête, contemporain de la Joconde. L’eau de ses yeux aurait-elle pu changer aussi ce tableau ? Peut-être l’artiste serait-il partit à la mer plutôt que de la peindre ? Peut-être aurions-nous une Joconde triste ? Peut-être aurions-nous un tout autre tableau célèbre ? Peut-être aucun ? Peut-être aucun musée ? Peut-être aucun vélo ou avion ? Peut-être aucune avancée technologique ? La balade mensuelle au Louvre d’Elise devenait un cauchemar. Elle se noyait dans des questions à n’en plus finir. Dans un avenir identique et différent. Dans un océan de si qui l’engloutissait de plus en plus. Elle essayait de calmer le tumulte des ses pensées. De respirer à fond. D’imaginer la surface lisse de l’eau sou le soleil. De faire le vide dans son esprit. Tableau. Banc. Chaise. Lampe. Ventilation. Elle entreprenait d’énumérer les objets de la salle, quand elle entendit une voix percer : « Et si on allait acheter du miel d’acacia ? » « Et si » résonna dans sa tête et emporta toutes les questions sur son passage. Son esprit se concentra alors sur sa liste de course, de chose à faire pour la semaine. Le deuxième « Et si » effaça le premier et  ramena le calme dans ses pensées. Elise prit une profonde inspiration et reprit pied dans la réalité. Celle où la Joconde sourit. Celle qu’elle connait par cœur. Dans un coin de son esprit, toutes les autres résonnaient encore. Mais plus étouffées, plus tenues, plus raisonnables. Elise eu alors envie de voir la Joconde. La regarder en face et voir son sourire. Efface définitivement ces idées. Elle tourna au coin et se retrouva nez à nez avec des larmes.

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