Itinéraire d’un enfant de cité

Aldo est né dans le 15e à Marseille. Quartiers Nord. Loin du port.

Dans sa cité les bus ne passent plus. Marre de se faire caillasser. Les flics, eux, restent bien cloîtrés dans leur bagnole. Ils ramassent les macchabées, ça leur suffit.

Aldo a vite compris que pour survivre, il ne fallait pas cheminer sur une ligne droite. Non, pour croire en ses rêves de gloire et de fortune, plonger dans les trafics en tout genre était un modus vivendi. Avec une spécialité, jardinerie. Option herbe.

Il a vibré comme sa mobylette pour conduire les commandes entre les mains des consommateurs. En échange, un billet plus ou moins gros qu’il repliait contre son cœur.

Il a joué les caïds, et il a perdu. Putain de balance, le Frédo. Il voulait de la tune, il s’est vendu aux keufs.

 

Le fourgon a conduit Aldo à la prison de Luynes. Comme d’autres patrons avant lui. C’est un coin un peu paumé. L’autoroute n’est pas loin ; ça sert toujours pour s’évader.

– Attends, gamin ! Lui a dit Maître Renard, son avocat commis d’office. Avant de faire le mur, faut bosser dur. Je ne sais pas, t’as pas une mère, une tante, malade, sans couverture sociale , Tu peux arguer que sans argent, elle allait mourir demain. T’es un bon garçon, non ? Les barrettes de shit, tu les as trouvées par terre, alors t’as fait le tour des immeubles pour retrouver leur proprio. Non ?… Eh ! J’te parle !

Aldo se malaxe les mains, assis sur un siège, la tête enfoncée dans les épaules. Le doute l’envahit. Et s’il avait raison, le commis d’office ? Alors il cherche, dans sa tête où s’évaporent des rêves de prospérité, des destins dramatiques.

Ben… dans la famille, on deale de père en fils, et de frère en frère. Les filles, on les marie à des trafiquants. Faut perpétuer l’espèce.

Alors, tandis que ses espoirs d’évasion s’évanouissent, Aldo consent à se présenter devant la Cour.

– Monsieur, veuillez décliner vos nom, prénom, date de naissance et profession.

– Paccino, Aldo, né le 3 août 2000. Jardinier.

– Ah ! Et où ça ?

– Dans le 15e, M’sieur. Je ramène l’herbe dans les cités. C’est pour le concours de la ville la plus fleurie, votre honneur.

– On n’est pas aux États-Unis, ici. Appelez-moi Monsieur le Juge, comme tout le monde.

– OK, Chuck. J’vous raconte ma life ?

– Votre quoi ?

– Monsieur le Juge, mon client est tellement ému de se trouver face à vous. Sa life, c’est de l’anglais. Cela veut dire « sa vie ».

– Ben voyons ! Continuez, Monsieur le Commis, dites que je suis ignare ! J’en ai rien à foutre de la vie de votre client. 150 heures de travaux d’intérêt général. A délibérer. Dossier suivant !

 

P.S. J’ai pensé à Un aller simple, de Didier Van Cauwelaert, au moment de l’écriture.

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