Le ruban

Rappelle-toi, je t’en ai déjà parlé de cette route lorsqu’on allait en Normandie chez le grand-père. Nous y allions presque tous les jeudis. A l’époque nous n’avions pas d’école ce jour-là. Nous prenions toujours le même chemin à travers les petits villages du Vexin. Au départ, rapprochés les uns des autres, ils semblaient endormis tout comme nous qui venions de nous lever de bonne heure. Ce qui occasionnait parfois quelques larmes silencieuses pour nous sortir du lit. Dehors, le froid et l’air pur nous piquaient au visage. Les bourgs traversés se ressemblaient, une grande rue principale bordée de grosses maisons campagnardes avec des portes cochères en bois peint d’où sortait parfois un tracteur. Cela faisait râler Papa car il fallait ensuite se traîner derrière lui un certain temps avant de pouvoir le doubler sur ces voies étroites encadrées de dangereux platanes. Les agglomérations s’espaçaient à l’approche de Gisors. Puis à partir de Gournay, la route filait toute droite à travers la campagne. Elle faisait le « grand huit », montait, descendait fortement. Nous pouvions la voir loin, jusqu’à l’horizon, grise, moirée sous la pluie comme un ruban qui s’échappe, se déroule sans fin sans que l’on puisse l’arrêter. Quelqu’un, par un tour de magie, semblait l’avoir lancé devant nos pas pour nous conduire à Forges.

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