Les couleurs de ton être

Nous marchons main dans la main dans les allées. Parfois, je laisse le temps glisser sur moi. Les jours s’écoulent sans que je les vois. Et parfois, comme aujourd’hui, je me laisse retracer chacun de mes pas. Je sens ta main dans la mienne. Chaque aspérité. La pression de ton pouce sur le dos de ma main. La sensation du métal sur ma paume. Tout m’indique que tu es là. Le bruit de nos pas. L’écho de tes pensées. La vapeur de ta respiration. Pourtant, dans nos silences, nous sommes à des kilomètres l’une de l’autre. Mais ce n’est pas grave. Ce n’est pas un éloignement, c’est juste un moment juxtaposé. Aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi mais mes pas virtuels me mènent à notre rencontre, alors que nos pas réels nous ramènent à la maison. Je me souviens du noir de ma vie. Non pas noir, mais gris. Ce gris terne dont personne ne veut mais qui habille tout le monde. Grise et sans saveur, c’est ce dont je me souviens de ma vie. De ma vie d’avant. Avant toi. Juste avant ton sourire. Car c’est la première chose que j’ai vu. Ton sourire. Le blanc de tes dents contrastait avec le rouge acidulé de tes lèvres. Tu souriais de toutes tes dents. Tu souriais jusqu’à tes yeux. C’est la deuxième chose que j’ai vu. Tes yeux marrons aux reflets dorés. Posés au milieu de ce visage rond et parsemé de tâche de rousseur. Comme autant de constellations que je voulais découvrir. Puis du contour de ton visage, j’ai suivi les boucles. Ces boucles qui cascadaient de ta tête à tes épaules. Ces boucles d’un roux brillant, étincelant. C’était comme si toute ta chevelure captait la lumière pour la redistribuer ensuite. Je n’y crois encore pas moi-même, parfois. Moi un peu sceptique sur l’amour et la vie, je suis tombée amoureuse au premier regard. C’était comme si tu avais redéfini toutes les couleurs de mon sceptre. Je pourrais décrire l’arc-en-ciel à partir de toi. Le jaune de la petite robe que tu affectionnes tant. L’orange de tes longs cheveux bouclés. Le rouge de ta bouche. Le violet de ta petite voiture. Le bleu du pendentif dont tu ne te sépares jamais. Le vert des boucles d’oreilles en émeraude héritées de ta mère. J’ai parfois l’impression, aussi surréaliste et niais que cela puisse paraitre, que ma vie a commencé au moment où nos regards se sont rencontrés. Au moment où par le plus grand des hasards, tu étais la personne que je venais voir. Et par la plus grandes des chances, tu m’as souris, tu as ris à mes blagues. Ta main s’est logée dans la mienne parfaitement. Comme aujourd’hui. Ta main me ramène au présent. Je sens ton regard sur moi. Cette petite sensation de picotement dans la nuque quand tu m’observes. Je tourne la tête vers toi et vois ton sourire. Celui qui se loge dans tous les recoins de ton visage. Tu me presses la main légèrement comme si tu savais. Comme si tu avais deviné où était parti mon esprit. Comme si tu m’assurais à nouveau que ta main ne se départirait jamais de la mienne.

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