Panne

J’étais en carafe en plein milieu du désert, enfin je veux dire, au milieu de nulle part, dans une cambrousse de merde avec champ de blé à droite, champ de colza à gauche, une route au bitume défoncé devant moi, la même derrière. Et ma bagnole restait plantée là à attendre que ça passe.
On lui a pas dit à ma bagnole qu’elle n’allait pas se transformer en arbre majestueux à la sortie de l’usine ? Apparemment, non ! Ma bagnole a des envies de grandeur et moi, j’ai des envies d’ailleurs. Et pour ça, il faudrait qu’elle roule. Pas qu’elle reste plantée là.
J’ouvris la portière pour prendre l’air et la claqua fortement pour passer mes nerfs. La poignée s’en offusqua et trembla de peur.
Ça sentait bizarre dehors. Ah l’air de la ville, y a rien de tel. En plus, on a toujours des amis pour venir nous dépanner. Ici, rien, silence radio. Pas de réseau. Pas un chat dehors. La poisse totale. En plus, il faisait une chaleur à faire fondre le Kilimandjaro.
Je remontai  en voiture. Il ferait sûrement plus frais dedans. Je tournai la clef sur le contact pour enclencher la clim. Rien. Rien de rien. Pas un souffle ne sortait des mini-ventilo.
Ah, je m’étais bien fait avoir quand le vendeur m’avait annoncé fièrement : « Cette voiture est faite pour vous ». Et ta comm’ connard, tu la dépenses à la plage pendant que moi, je suis coincé dans ce trou paumé ? Moi aussi, je voulais partir à la plage !* Si je le chope ce vendeur, il va m’entendre.
J’avais vainement tenté de lui dire qu’une voiture en location, c’était plus rentable pour un citadin comme moi. Ce n’était pas la peine de faire une folie. Mais je m’étais fait endormir. « Et vous verrez, elle vous emmènera au bout du monde, et vous verrez, elle est d’un confortable » et bla bla bla et bla bla bla.* Un vrai couillon ! J’suis un vrai couillon !
De la sueur commençait à perler de mon front, mon T-shirt collait sous mes aisselles. J’avais des auréoles partout sauf au-dessus de la tête. Une douche avec une mini-savonnette, ça serait le pied ! Je m’imaginais dans la chambre d’hôtel que j’avais réservé, chambre avec baie vitrée, vue sur la mer, baignoire dans la chambre. Où qu’on soit, on avait l’impression d’avoir les pieds dans l’eau. Ah le pied ! Le pied !
J’ouvris les fenêtres pour laisser passer l’air. Je m’assoupis un instant ou quelques heures, je ne sais pas. J’ai été réveillé par un bruit. Un bruit de bagnole, de tracteur, de cheval. Allez savoir. Je sursautai de mon siège pour identifier mon potentiel sauveur.
La chaleur m’assomma. Je me retrouvai par terre, en étoile, évanoui. Mais plus dans cette putain de bagnole ! Et ça, ça faisait un bien fou !

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