Conversation de bouquet

Et si les fleurs pouvaient parler, elles feraient connaissance dans le bouquet que j’ai fait hier.
– Bonjour, diraient d’une voix unique les fleurs d’oranger du Mexique. Il fait bien chaud, ici. Ça ne vous gène pas qu’on soit un peu tordues ?
– Non, non, répondraient les œillets de poètes. Vous êtes bien blanches et parfumées.
– Merci, répondraient les fleurs des orangers du Mexique en tâchant de ne pas rougir. Vous même, vous êtes bien colorées, toutes différentes les unes des autres. Comment vous appelez-vous ?
– Œillets de poètes.
– Quelle chance, quel beau nom ! Vous aimez la poésie, alors ?
– Oui oui et nous sommes très résistantes aussi. Et vous, quel est votre nom ?
– Fleurs d’oranger du Mexique.
– Du Mexique ? s’étonneraient les œillets de poètes. Vous venez donc de loin. Vous devez être épuisées par votre voyage …
– Oh, non ! Nous venons de la plate-bande en bas. Ce sont nos ancêtres qui venaient d’Amérique du Sud. Nous, nous sommes nées dans la cour de cet immeuble. Et vous ?
– Nous, nous étions en serre, mais vous dire où précisément nous est impossible. Nous avons voyagé il y a quelques jours par la route et nous sommes arrivées à bon port il y a 3 jours peut-être.
– Vous avez de nombreux pétales, remarqueraient les fleurs d’orangers du Mexique.
– Ah, vous trouvez ? Merci de le remarquer… Et ici, qu’est-ce qu’ils font les humains ?
– Ils écrivent, répondent d’une voix les fleurs d’orangers du Mexique. Nous le savons parce qu’on les entend dans la cour : « Tu crois que c’est là, l’atelier d’écriture ? »

Les fleurs se turent un moment. Elles écoutaient le silence en buvant un peu d’eau.

– Et si on dormait sur des tapis à clous ? reprit tout à coup un œillet de poète rouge.

Les fleurs sursautèrent.

– Mais pour quoi faire ?
– Pour avoir une petit idée de ce que vivent les roses !
– Mais les roses n’ont pas de clous, elles ont des épines, murmura timidement une fleur d’oranger du Mexique.
– Oui, des épines, et comme les clous, ça pique ! C’est pour cette raison que les rosiers dorment debout. Ils ne veulent pas se coucher sur leurs épines.

Les œillets hochèrent la tête. L’un d’eux bailla :

– Heureusement qu’on ne nous inflige pas ça…

Une fleur d’oranger du Mexique dit :

– Jamais je n’aurais pensé me retrouver dans un appartement. Ma mère m’avait assuré qu’on passerait toute notre existence dans cette terre, en bas. Elle parlait de notre jardinière. On voyait passer des bouquets enveloppés dans d’élégants papiers de soie ou de cristal avec des nœuds, mais on se disait : « ça, ce n’est pas notre vie ! » Alors hier, en voyant le sécateur approcher, on a tremblé. L’une de nous a dit : « Et si on pouvait voler ? » Une autre a répondu : « je tremble tellement que je crois que ça va se produire ! » Et ça s’est produit. Elle a tremblé, tremblé, tellement tremblé que ses pétales se sont détachés un à un. Et un à un, au lieu de tomber, ils ont tourbillonné, tourbillonné, tourbillonné vers les toits et les nuages, les avions et les oiseaux. On les entendait rire et ils s’exclamaient : « C’est beau ! Tellement beau ! » Et nous, en bas, on frissonnait, levant les yeux vers les pétales qui s’éloignaient, s’éloignaient, s’éloignaient et devenaient tout petits…
Il y a eu quelques coups de sécateurs et avant qu’on tombe, une main chaude et décidée nous a rattrapées. On a monté un escalier et on nous a plongées les tiges dans de l’eau fraîche… Voilà. Vous savez tout.

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