Janvier, le 5

Et si on quittait Paris? me demande-t- il un matin pluvieux de janvier. 

Les fêtes étaient passées, le souffle de joie et de bonne humeur retombé. Les enfants avaient repris le chemin de l’école dans un brouillard glaçant. Je me préparais à retourner au bureau sans la moindre motivation. 

Je le revois encore, sa tasse de café fumant dans la main, me regarder droit dans les yeux avec son petit sourire désarmant que j’aime tant. 

Et si on quittait Paris?

Je me revois mon écharpe dans les mains prête à me la passer autour du cou, sinistre métaphore de ma vie professionnelle. 

Et si on quittait Paris?

Mais voyons mon chéri, pour aller où? Et comment? Ce ne serait pas raisonnable….

Il me laissa égrener mes arguments quelques minutes et me répondit toujours aussi tranquillement: 

Et si les marionnettes se révoltaient? Les marionnettes? Qui ça les marionnettes? Moi une marionnette? Mais je suis libre monsieur, libre de mes choix de mes actes de mes pensées!!! Oui monsieur dans mon boulot aussi, que veux tu insinuer? Que je serais le toutou de mes supérieurs? Mais pas du tout. Non ce n’est pas parce que je suis une marionnette que je suis démotivée par mon travail, c’est juste que …. Que….. Que….

Que c’est janvier et qu’il fait froid et que voilà. Comment ça, du mal à sortir de ma zone de confort? Mais pas du tout…

Mes phrases tournaient en boucle dans le salon, rebondissantes sur les murs sans trouver personne pour les attraper. Elles se heurtaient au silence de mon homme; d’ailleurs je parlais de moins en moins. 

Et si les pendules s’arrêtaient?

C’était tout à fait cela. Le temps semblait s’être arrêté, ce matin de janvier, le 5, jour de rentrée. Mes idées figées sur l’impossibilité de changer de vie de quitter paris se liquéfiaient, devenaient molles comme les montres de Dali. Ce jour là ma terre intérieure s’arrêta de tourner quelques heures. 

D’ailleurs je ne suis jamais sortie travailler. A quoi bon? Le temps ne coulait plus, les heures s’étaient arrêtées, la Seine avait changé de sens. Elle aussi quittait Paris. 

Dans mon esprit les contours si familiers de la ville lumière se flouttaient, s’estompaient. Petit à petit je m’y voyais… ou plutôt je ne m’y voyais plus. 

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