Jane Bikin’

Elle a enfourché une mobylette de la marque Motobécane. Le phare avant éclairera à la nuit tombée 2 yeux bleus et une bouche qui tire la langue.

Elle a tourné le guidon en direction du photographe.

Un foulard violet constellé d’étoiles blanches est noué autour de sa tête. Ses yeux sont cachés derrière des montures bleues rectangulaires. Les verres sont très, très sombres.

Un voile oranger à ronds blancs dissimule le bas de son visage. D’elle, on ne distingue qu’un ou deux centimètres de front et quelques poils des sourcils.

Elle porte des mi-bas jaunes et des chaussettes roses à pois. Une chasuble aux teintes saumonées couvre son buste.

– Recule ! Recule, ou j’accélère ! Je te préviens, j’ai boosté ma mob.

On m’appelle Jane B. Jane Bikin’. C’est moi, l’easy rider du Maroc. Je suis une justicière, personne ne connaît mon visage. Regarde les autocollants sur mon phare. Je ressemble à ça. En mieux. Je sillonne les routes pour défendre mes sœurs.

Recule !

Je ne dévoilerai rien de moi. Pourquoi je n’ai pas de casque ? Parce que je n’en ai pas besoin ; le Tout-Puissant me protège.

Recule ! J’ai de la route à faire.

Baisse ton appareil. On n’a pas le droit de me prendre en photo. Je dois rester discrète.

Que dis-tu ? Je me la pète avec ma tenue bigarrée ? Et alors ? J’aime le rose, j’aime le jaune, et je t’emmerde.

Recule ! Ou il ne restera de toi qu’une bande de tissu incrustée dans le bitume.

Laisse passer Jane B. Jane Bikin’, la bikeuse du Rif.

Photo : S.P Bikin, de Hassan Hajjaj, 2015. Présentée à la Maison Européenne de la Photographie

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