Les deux cousines

Demain, je vous offre un café, vous viendrez vous reposer quelques instants avant de continuer votre voyage. Nous papoterons, j’ai des nouvelles à vous donner. Je ne vous en dis pas plus. A demain.

Le lendemain, confortablement installé dans le salon, j’annonçais avec énormément d’enthousiasme que ma fille attendait des jumeaux pour la fin de l’année. J’étais très heureuse et plus encore. J’ajoutais que des jumeaux il y en avait déjà dans la famille.

Et vous dans votre famille ?

Non pas de jumeaux, seulement l’histoire singulière de deux cousines.

Racontez…

C’est un peu long à raconter, je vais être bref.

Deux frères que la guerre a séparés. A la fin de la guerre, celui que j’appellerai Pierre a une petite fille qu’il prénomme Claire. Claire, comme cette petite sœur morte de la grippe espagnole. La fillette grandit entourée de ses parents et de ses grands parents jusqu’à l’âge de trois ans. C’est à ce moment là que son frère revient d’Allemagne où il était basé depuis la fin de la guerre. Il revient avec femme et enfant. Une petite fille de trois ans qui s’appelle Claire… Il l’a nommée Claire en souvenir de cette petite sœur morte de la grippe espagnole.

Quelle histoire ! Donc ils n’avaient plus de contact. Et après, racontez…

Après, tout a été très compliqué pour tout le monde car cette petite et sa mère parlaient allemand et dans le quartier les gens étaient sans pitié. Elles étaient surnommées «les boches».

Compliqué pour les enfants que la grand-mère considérait comme des jumelles qu’elles n’étaient pas.

Compliqué pour les mères qui étaient rivales, où tout était objet de concours. A qui aurait les plus belles anglaises, les plus belles robes etc… A ce jeu, la grand-mère n’était pas en reste et faisait faire en double chez la couturière robes et manteaux. Les deux fillettes étaient dans la même classe, –même nom, même prénom. Histoire de simplifier la maitresse a décidé d’en appeler une Marie Claire.

Et cela a simplifié les choses ?

Pour la maitresse oui, mais pour l’enfant rebaptisé Marie Claire non. La petite n’a rien dit mais elle a changé, elle est devenue triste et renfermée.

Vous imaginez que la compétition des mères a dégénéré, la grand-mère s’en est mêlée, et comme tout ce petit monde habitait le même immeuble c’était des disputes, des hurlements…puis des réconciliations. Tout cela les fillettes le subissaient. C’est ce qui les a rapprochées et soudées.

Ensuite « Marie-Claire » et sa famille ont déménagé.

Et après le déménagement ?

Après, l’immeuble a retrouvé son calme. Les fillettes ont grandi, elles allaient dans des écoles différentes. Tout s’est apaisé.

Vraiment ?

Du moins en apparence, car à chaque fête de famille la compétition reprenait, c’était l’occasion pour les mères de montrer leur talent de couturière.

Et les filles ?

Elles étaient heureuses de se retrouver, reprenant leur conversation là ou elle l’avait laissée. Après, je ne les ai plus beaucoup vues car je suis parti en province.

Vous n’avez plus de nouvelles ?

Si, de loin en loin. Elles se sont mariées, on eu des enfants. L’une des deux a divorcé plusieurs fois. Aux dernières nouvelles, elle s’est remariée avec le beau-frère de sa cousine et, de nouveau, elles ont le même nom, le même prénom. Tout est redevenu compliqué.

Quelle étrange histoire, vous devriez l’écrire …

Encore un peu de café ?

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