La cérémonie

Quand une attaque emporta soudainement l’ancien maire qui avait régné sans discontinuer sur le village pendant 35 ans, on lui fit une belle mort.

Sur le chemin du cimetière le cercueil allait devant, porté à épaules d’homme, suivi par la mairesse sous son voile de crêpe noire, de ses fils, des belles-filles et des petits-enfants. Venait ensuite, juste derrière les Autorités, une longue traînée de villageoises endimanchées, vêtues de la robe traditionnelle de velours vert, tandis que les hommes piétinaient à l’arrière, un bandeau noir serré autour du bras. Bientôt, on se tassa autour du trou, au fond duquel Tarzan le fossoyeur, massif, le col ouvert, tout en sueur et crotté des pieds à la tête, terminait de creuser dans la boue collante et détrempée de ce mois de novembre.

Quand les Autorités eurent discouru, quand le curé en eut fini et qu’on eut, un à un, béni le cercueil, on s’en retourna enfin et on s’arrêta au coin de la rue, à l’hôtel de Paris où derrière les vitres embuées, la famille du défunt reçut l’assemblée pour le pot de l’adieu.

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