Parenthèse

Sur la table, l’ordinateur est fermé. C’est comme si le trou noir qui attire irrésistiblement mon attention avait disparu brusquement. Mon attention est libérée, flottante. Je peux me lever. Il fait encore jour. Je sors dans le jardin. Il fait doux. Je redécouvre le monde autour de moi.

Les arbres bougent leurs branches dans le vent, produisant un doux grondement qui apaise. Cette musique ne réussit pas à couvrir complètement le roucoulement des tourterelles. Est-ce que c’est une parade de séduction ? Ou simplement l’excitation d’une journée bien remplie qui s’éloigne ? Le jour décline, le fond de l’horizon jaunit. Bientôt les quelques nuages au ras de l’horizon vont rosir, et nous allons perdre le soleil. Et alors les arbres ne seront plus que des ombres chinoises encore plus noires que le ciel. Et ce sont toujours les mêmes arbres là, mais à chaque heure, leur image est différente. Et leur chant aussi.

La pelouse est bien tondue, signe satisfaisant d’un travail bien fait. Je pourrais encore proposer à mon fils de faire quelques tirs de foot ensemble. Mais je suis pris de langueur, de paresse même. J’ai envie de ne rien faire. Non pas : « je n’ai rien envie de faire ». Non, envie de ne rien faire. De profiter de l’instant. De rester disponible.

Le monde des humains est lointain : quelques voix de voisin, quelques bruits de voiture. Suffisamment présents pour ne pas se sentir seul. Suffisamment lointain pour ne pas menacer ma tranquillité.

La fatigue monte peu à peu en moi. Encore une journée ordinaire qui arrive à sa fin. Mais une journée ordinaire, ce n’est pas si ordinaire que ça. Ce sont des centaines d’émotion chaque heure, ce sont des centaines de micro-projets, réalisés ou contrariés, et puis les imprévus, et surtout tout ce monde extérieur, énorme, à côtoyer, absorber à chaque instant, et à remettre en phase avec son monde intérieur qui vit sa vie, lui aussi.

Peut-être qu’il me manque quelque chose dans ce paysage familier. Un torrent ? Un torrent avec une falaise à côté ? Et quelques mélèzes ? Et un grizzli ?

Bon, je crois que j’ai trouvé le programme pour le weekend prochain : ce sera le zoo de la Flèche, pas loin de chez nous, avec ses célèbres ours. Bonne idée. Du moins si le zoo est ouvert ? Alors je rouvre mon ordinateur, pour consulter les jours d’ouverture du zoo, et pour réserver des billets…

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1 réponse à Parenthèse

  1. Sophie T dit :

    Très agréable de redécouvrir ton texte si apaisant !

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