C’est aussi ça Noël

Derrière le terrain de boules, il est assis par terre les mains toutes violettes. Depuis plusieurs jours il n’a pas réussi à obtenir un hébergement pour la nuit. Trop de jours sans espérance. Il commence à perdre la notion du temps, son cerveau fonctionne au ralenti. Il décide de bouger, se réchauffer. Boire quelque chose de fort devient impératif. Sa bouteille est vide, désespérément vide.

La galerie marchande toute proche s’est parée de ses habits de fête et semble lui tendre les bras. Bientôt Noël, dans un moment ce lieu ressemblera à une ruche bourdonnante. Encore faut-il se motiver, réagir, se mettre en marche.

Un peu de chaleur et de lumière, mais impossible de trouver un endroit calme dans ce temple de la consommation. Il y fait chaud et en même temps, lorsque les portes s’ouvrent encore et encore pour laisser entrer les  visiteurs, un grand souffle d’air froid balaie la galerie. La musique envahit tout l’espace, les chants de Noël finissent par donner le vertige.

Avec la Covid, les responsables n’ont pas embauché de Père Noël. C’est bien dommage, il aurait postulé. La vue et le rire des enfants lui remplissent le cœur de joie.

A un moment, il a l’impression d’apercevoir un ange. Tout de neuf et de blanc vêtue, seules ses chaussures usées qui dépassent de sa robe la singularisent. Il la connait, comme lui elle galère et connait la rue.

Les chaussures usées, c’est normal mon vieux. Des fringues on en trouve, mais des chaussures c’est plus rare, surtout lorsque l’on chausse du quarante et un !

Tous les deux font le tour des vitrines, regardent les objets destinés aux cadeaux. Des objets qu’ils auraient pu acheter, posséder avant la chute, avant leur chute.

Il fait l’inventaire des ses poches, deux pièces de vingt centimes, un élastique, un mégot : c’est la dèche, il installe un gobelet et prie pour que tous soient généreux.

C’est déjà la fin de la journée, les portes de la galerie marchande vont se refermer, les derniers acheteurs hâtent le pas et passent devant lui sans un regard. Les employés du nettoyage sont déjà au travail. Les balais aux plumes azur s’agitent avec virtuosité et viennent chatouiller les coins des portes pour les débarrasser de leur poussière. Au milieu du couloir, un tas de déchets, gobelets, papiers gras et même un coussin qui pleure sa joyeuse couleur d’origine.

Ce soir, aura-t-il enfin la chance d’avoir un lit et un repas chaud ? Pressons, il ne faut pas tarder à se présenter à la porte du foyer.

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