Ecran mental revisité

Nous voulions tout savoir, tout déposer à nos pieds devant nous sur le grand tapis du salon afin de regarder, trier, examiner, décortiquer, chambouler, enfin comprendre pourquoi la vie nous semblait si compliquée. Mais une rafale de vent avait ouvert la fenêtre à ce moment précis et, devant nos yeux incrédules, toutes les pièces à conviction s’étaient envolées. Papiers, questions, bribes de souvenirs, poussières d’étoiles, fleurs des champs et tant d’autres éléments pourtant lentement réunis avaient tournoyé autour de nous et nous avions alors oublié pourquoi nous étions réunis ce jour-là. Il nous faudrait remonter le fil du temps, rattraper une par une les perles du chapelet, égrener les mots, reformuler les idées, leur conférer odeur, saveur, couleur, imaginer la candeur ou la noirceur du déroulement présumé de nos pensées. Celles-ci, telles des poissons d’argent glissant dans les flots, se dérobaient sans-cesse et nous échappaient lorsque nous pensions les saisir. Le grand filet à papillons que nous avions reçu à nos sept ans se révéla inefficace. Il faut dire que les écailles des bestioles effarouchées s’y accrochaient et compliquaient beaucoup la tâche. Alors nous avions décidé de changer de méthode. Démocratiquement, comme il s’entend ! Cela ne s’annonçait pas facile. Il faudrait brouiller les cartes puis les redistribuer à l’aveuglette en veillant à bien à faire le tour de l’assemblée. Puis, après l’élection d’un secrétaire de séance, nous pourrions procéder à la réécriture du fil de nos idées perdues.

Dans cet espace protégé, rêver nous apparut primordial. Puis, voir sur notre écran mental les images colorées hétéroclites. Ceci fut fait. Nous nous dirigions à tâtons dans un paysage pas encore jauni où nous pouvions jouer à réorganiser le monde au gré de nos fantasmes. Nous portions une lourde responsabilité mais la liberté que nous décidâmes de placer au centre de l’histoire se chargea de donner du sens à notre aventure. Elle imposa sa loi, celle de n’en avoir point. Et nous pûmes caresser l’espoir de suivre enfin le chemin dans le sens du poil, le sens sacré du hasard respecté.

Ce contenu a été publié dans Atelier Buissonnier, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.