En route pour le nouveau monde

Lorsque Alain prit le bateau pour New-York, il maîtrisait depuis plusieurs semaines ses maigres ressources pécuniaires.

Il avait appris les chansons des pères de la Folk, des dieux de la Country, des idoles du Rock. Il se persuadait que la maîtrise de la mélodie lui ouvrirait des portes, tout le moins en fermerait un peu moins violemment. Il avait lu que la messe en Amérique était enchantée ; c’est là qu’il se produirait. A condition de pousser gentiment le pasteur pour qu’il lui laisse une petite place.

Le voyage fut lent.

Le parcours fut mouvementé. Il s’imaginait raconter à sa mère On était devant la mer, émerveillés, lorsque soudain un vaurien introduisit la main dans le veston d’Alain et chaparda le portefeuille. Une chimère édentée l’attira près de lui. Magnétisé, Alain disparut sous le pont. La chose somnolait contre la bosse d’une chamelle endormie. Il prit un air mélancolique pour raconter sa mésaventure.

Des cris retentirent, un hurlement, la chute d’un corps dans l’eau, un hourra de victoire. Un brouhaha. Alain ! Alain ! On l’a eu !

Le jeune homme put à nouveau garder la photo de sa mère contre son cœur.

Arrivé en territoire inconnu, il rassembla ses idées et s’arma de courage. Frapper aux portes, demander un toit. Une vieille indienne soutint son regard et l’invita de l’index à entrer dans une maison sans dieu, ni maître. Ici, mon Sioux ne fume jamais son calumet à la maison. Nous avons perdu notre enfant. Veux-tu être mon fils ?

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