Fusion

La machine hollywoodienne. Elle en avait rêvé endormie sur l’herbe mouillée. Elle avait écrit des scénars, des polars ou des nanars. Il y en avait pour tous les goûts. Des histoires avec un prince sur un cheval blanc. Des canulars avec un gueux sur une charrette en bois.
Elle plagiait des bouts d’histoires de son enfance : un vélo volant devant la lune ; un balai servant d’assise à un jeu d’équipe ; une sandale scandale pour des pieds trop grands ou trop petits ; un coquillage corsage corseté avec une jupe de paille ; un sac patraque d’où sortaient mille et une astuces comme un lit ou de la laque.
Séraphine avait une imagination débordante. Enfin, une mémoire d’éléphante. Elle avait puisé sa créativité dans sa paresse pleine d’allégresse. Elle ne gardait que le meilleur du travail des autres. Son travail à elle, enfin si on pouvait appeler ça un travail, consistait à faire un patchwork de tout ce qu’elle avait aimé, qu’elle aimait encore.
Elle en avait conçu la machine hollywoodienne. Tu y plongeais tes extraits de films favoris. Tu lançais la machine et une autre œuvre complètement différente, unique, en sortait. Un chef d’œuvre forcément car elle ne reprenait que ce qu’on aimait.
Pourtant, Séraphine s’en rendait bien compte. Ça créait un beau bordel. Mais ce jeu lui plaisait bien. Tu commences avec l’extrait d’une vie et tu continues avec un autre. Dans son monde inventé, Peter Pan croisait Jules et Jim sur une plage en Thaïlande. Des montages, d’autres montages et plein, plein de nouvelles histoires sans queue ni tête. Ou peut-être que si, si on y regarde bien.

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