La fugue

Isabelle rêvait de voyages, de découvertes, d’horizons lointains. Elle attendait l’avion assise sur le balcon. Elle voulait échapper à sa vie, à son enfance pourrie. Une enfance où il lui arrivait de ne plus vraiment se souvenir de son prénom. Dans la cour de récréation comme à la maison, on l’appelait Zézette, la foldingue. Un véritable enfer pour elle. Elle ne se trouvait ni folle ni dingue et puis Zézette comme diminutif, il y avait quand même mieux à trouver pour Isabelle.
A peine majeure, elle était partie, sans un au revoir, sans un merci. Elle avait claqué la porte. Peut-être sa famille attendait-elle encore son retour une baguette de pain à la main. Elle avait marché longtemps, très longtemps. La nuit était tombée, le jour s’était levé, la nuit était retombée.
Elle s’arrêta sur la place d’un village où trônait une fontaine en fer à cheval. Ça lui porterait chance pensa-t-elle. Elle s’installa au café de la place, commanda un café et une tartine. Avant elle avait dit, je pourrais vous payer en faisant la vaisselle ? Le patron leva un sourcil et sourit. Il lui apporta en plus du café, un jambon beurre.
Isabelle regardait la place en sirotant son café. Elle serait bien là, c’est un endroit sympa. Plus tard, en essuyant les verres, elle demanda au patron s’il y avait du travail dans le coin. Le patron lui avait dit qu’il aurait bien besoin d’un coup de main. Il lui proposa le gîte et le couvert.
Les jours et les semaines passèrent, les tables étaient propres, les verres étincelants. Isabelle rêvait toujours de voyages et d’espace. Encore plus depuis que le patron se tenait toujours à côté d’elle, collé comme une moule à un rocher. Il la considérait comme une reine avec laquelle il aurait tant aimé batifoler. Mais elle, elle connaissait les aléas qui avaient mené à son existence. Un acrobate de passage dans la ville et elle était devenue la bâtarde.
Isabelle essuya ses mains dans le torchon blanc. Elle monta dans sa chambre où sa valise était déjà prête pour partir à l’improviste en voyage. Où pouvait-elle partir ? Où qu’elle aille, elle n’échapperait pas à elle-même. Mais qui était-elle vraiment ? Elle le savait mais ne comprenait pas pourquoi les autres la voyaient autrement que ce qu’elle était dedans.
Assise sur le balcon, elle regardait au loin une cigarette à la main qu’elle ne fumait pas. Elle n’aimait pas l’odeur, ça lui piquait le nez. Sa mère aurait été choquée de la voir une cigarette à la bouche. C’était le patron qui lui avait donné sa première. Pour faire grande, elle avait accepté sans jamais vraiment les fumer. Jamais elle ne finissait la cigarette. Elle l’écrasait bien avant qu’elle ne devienne mégot.
La nuit était tombée. Assise sur le balcon, Isabelle regardait les étoiles.

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