La nuit je marche

La nuit est claire. Elle est lumineuse. Les étoiles brillent. Le temps est malgré tout à l’orage. Je sais que c’est mon ultime moment de tristesse. Dans l’instant d’après, mon côté irritable va s’élever puis disparaître.
Je n’arrive pas à dormir. Pourtant, c’est bien utile. Parfois, j’arrive à faire la sieste pour rattraper le manque de sommeil mais je me réveille la tête en entonnoir. J’ai raté le jour et la nuit m’intrigue et me maintient éveillée.
Elle a des reflets irisés quand vient l’été. J’aime la lenteur qui s’impose dans ces heures sombres. J’aime le bruissement du ruisseau en contre-bas. J’aime le craquement des bois. Et j’aimerais vraiment, vraiment connaître le froissement de tes vêtements contre moi.
La nuit m’appelle. Je noue mes chaussures, même si elles sont usées. Je sors. Je marche. Je devine le jeu des ombres et je les suis. J’évalue les distances, mes repères ne sont plus les mêmes. Je touche l’écorce des arbres en passant, je touche le minéral des roches froides. J’avance à petits pas. Je ne sais pas où je vais. Je sais juste que je ne dors pas.
Un nénuphar brille dans la mare. Il éclaire un temps mon chemin. J’avance et je ne tombe pas. Je sens des silhouettes autour de moi. Je ne suis pas seule. Quelqu’un m’accompagne. J’arrive enfin au bord de la route. Les réverbères n’éclairent rien. Ils sont partis dormir, les traitres !
Je lève les yeux au ciel et je me dis que je n’ai qu’à suivre mon étoile. Laquelle est-ce ? Ce serait intéressant de le savoir. J’en vois une qui file. Je la suis même si elle disparaît très vite. Je marche, j’avance encore et toujours.
Je devrais dormir. Le sommeil est réparateur mais moi, je suis irréparable. C’est pour ça que la nuit, j’affronte les éléments. La nuit, je peux le faire, le jour, je n’y arrive pas. J’aimerais contenir la rage qui me ronge ou la faire éclater comme cet orage qui menace. Je n’ai pas la sagesse nécessaire pour mettre au rebut le superflu.
J’avance encore et je rejoins la grève. Le bruit des vagues est intense et me transperce. Je sens quelqu’un qui m’accompagne. Je le fuis, je le laisse venir. Irrésistiblement. Qui es-tu ? Je sens la naissance d’un battement de cœur. Qui es-tu ? Je sens ton empathie. Mon cœur saccade. Qui es-tu ? La nuit je marche et je sais que je ne peux pas raviver la flamme. Je sens ton envie d’union. Qui es-tu ?

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