Les temps sont durs

« Les temps sont durs… ! » soupira le vieil homme. A première vue, rien ne semblait vraiment avoir changé. Mais des signes perceptibles alertaient les sens et depuis que le chaos s’était installé dans le monde une densité presque palpable fourmillait dans l’atmosphère. Dehors, tout semblait plus vide que vide. La rue habituellement rude pour les Kurdes était devenue un espace de tous les dangers même en plein soleil et malgré le printemps peu se risquaient à y faire des incursions. Un calme inquiétant régnait sur les ruelles désertées.

L’homme songeait, tout en se lissant la barbe avec force. « … tous fichés, surveillés … , aucun moyen sûr d’entrer en contact avec le groupe ! »

Il était assis en tailleur sur un vieux tapis élimé et faisait tourner avec une lente régularité la roue unique d’un grand dévidoir. Une fillette sérieuse et appliquée prêtait ses deux menottes pour y enrouler un écheveau de coton vert printemps. Elle devait avoir six ou sept ans tout au plus. Sa robe rose était éclaboussée de lumière et de ses cheveux ébouriffés jaillissaient des flammes dansantes.

« Irréel ! » soliloquait son grand-père. « Cette enfant connaitra-t-elle à nouveau le renouveau des saisons ? Rira-t-elle encore dans le matin au spectacle de la clarté rose de l’aube sur les montagnes ? » A ce moment précis la gamine lui lança un regard profond et si confiant que le vieil homme ressentit une lumière bienfaisante inonder son corps entier. « Tout est possible » se dit-il. Et il reprit son travail avec une concentration accrue, ses craintes balayées dans un recoin de son esprit.

 

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