Rêverie proustienne au bassin des Tuileries

La conversation était languissante, les mots de minuscules bateaux paresseux sur le plan d’eau ; les enfants sortis de leur sieste par les nurses, pleins de l’ennui des jours trop chauds rejoignaient leurs mères à l’ombre des grands arbres.

Elles n’interrompirent pas leur bavardage de pacotille, tout était langueur, l’été, les pensées, leur sensualité à fleur de rêve, comme si destinées à une vie chatoyante elles se retrouvaient là sans l’avoir voulu, chargées de petits dont il fallait s’occuper, alors qu’elles seules auraient du être au centre du monde.

Où donc étaient les promesses de leurs dix sept ans, les bals du prince et les galants officiers, le beau parti promis par leur mère … Elles s’étaient préparées pourtant pour cet avenir esquissé, cet ailleurs osé seulement dans les  livres et jamais dévoilé.

La gazette mensuelle de la cour les rassurait en quelque sorte et les consternait aussi ; elles avaient compris à la lecture de ces feuillets monotones qu’il ne fallait rien attendre, rien d’autre, rien de plus, rien que l’ennui …

 

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