La faute à Eddie

– Papa ! Papa ! Regarde, je vais aussi vite qu’Eddie Merckx !

Un de mes ancêtre avait laissé un bout de silex sur la surface ocre brune le long de l’allée Charles Baudelaire. Je me relevai, et mon petit short vert imprimé d’éléphants blancs, assortis aux boutons de la fermeture, s’était paré de pois rouges. Maman et Francine, affolées, me conduisirent dans la 2CV des voisins. Le médecin parla d’agrafes, et apposa une gaze verte sur ma joue. Ma première cicatrice.

Lorsque nous rentrâmes à la maison, Papa vit rouge :

– Où est-il ce minable Cro-Magnon ?

– Qui te dit que c’est un homme qui a fait ça ?

– Où est-elle cette abominable Lucy ?

– Et voilà ! Tu me fais encore le coup du misogyne !

– Excuse-moi, ma chérie, mais je viens de regarder l’étape à la télé. C’est Thévenet, avec son maillot noir et blanc, qui a gagné. Et Merckx… dans les choux, ma chérie. Qu’il aille bouffer ses frites au lieu de servir de modèle à ma fille. Non mais tu as vu ce qu’il lui a fait ? On a une balafrée à la maison, maintenant ! Et qui voudra l’épouser, hein, quand elle sera grande ? On fait des gosses en espérant qu’ils nous lâchent la grappe une fois le bac en poche, pas pour qu’ils nous restent dans les pattes parce qu’ils sont mal foutus, non ?

– Toujours autant de tact… Regarde ce que tu lui fais, à la petite : elle boude à présent. Écoute, tu vas te calmer pendant que j’emmène les enfants au cinéma. Tu n’as pas à t’en faire ; personne ne verra le pansement de ta fille dans le noir.

Silence

– Tiens, un blanc. C’est la perspective de devoir te faire à manger tout seul qui te cloue le bec ? Ça nous repose les oreilles. Salut !

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