La mine

John replace son chapeau. Il secoue son bandana plein de poussière grise. Il le noue autour de sa bouche. John descend de cheval. Il regarde autour de lui la mine : des pierres écrues qui laissent des traces blanches sur ses mains mates et ridées. Il s’avance vers la grotte tenue par des poutres en bois. Personne ne creuse aujourd’hui. Personne n’a creusé hier. Personne ne creusera demain. La mine est à l’abandon. Il fallait partir vers l’Ouest, encore plus loin.
John cherche de l’eau pour lui et son cheval. Il n’y en a pas. Il s’avance dans la grotte. L’air y est plus frais. Il se rafraîchit en touchant la roche froide et dure. Des couleurs réveillent l’obscurité. Il aperçoit du vert bronze, l’oxydation d’un cuivre roux.
John se demande pourquoi l’endroit a été abandonné. Tous courent après l’or mais le cuivre est un métal plus précieux à ses yeux. L’or est une richesse personnelle. Le cuivre, une richesse pour le pays, pour tout le peuple. Il sert aux chemins de fer, il sert dans la construction de maisons, d’immeubles. Il sert pour beaucoup de choses que même John ne soupçonne pas.
John se méfie et parle peu. Il ne faut pas parler de bien commun et faire l’apologie d’un métal rouge. La chasse aux sorcières a commencé et va perdurer. John le sait, John le sent.
Pourtant, il sait qu’il faut du cuivre pour construire ce nouveau pays. Du cuivre pour ses casseroles, du cuivre pour son toit. Tout l’or du monde est inutile si on ne peut rien acheter. Il faut d’abord fabriquer, construire, faire et toujours faire. L’or est là pour consommer, reconstruire, défaire et refaire.
John sort de la grotte, son cheval s’est abrité à l’ombre d’un arbre esseulé. Il dort debout. John s’approche, lui caresse le flanc. « Il y a du cuivre ici ». Le cheval hennit. « Oui, on va rester, trouvons un abri, Hunter ».
John saisit les rênes et avance autour de la mine. Il observe, juge et jauge. Son inventaire visuel le rassure : des poutres de bois, des pierres, de la terre, des pelles enfermées dans des toiles d’araignée sont appuyées contre la paroi.
Il manque l’eau. L’eau est vitale pour rester. John tend l’oreille. Le vent siffle, la poussière se lève. « Hunter, tu entends ? » Les oreilles du cheval se dressent. Il tourne la tête et se dirige vers l’Est. Après quinze minutes d’une marche lente, John sourit. « Bon cheval, Hunter, t’es un bon cheval. »
John s’approche, se lave les mains, le visage devenu blanc et propre, il boit quelques gorgées. Le cheval en profite également.
Il y a des seaux dans la grotte. John les a vus. La mine sera son nouveau lieu. Il y a tout ici. De l’eau bleue et du cuivre parfois vert. Lui et son cheval.

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