Le diable est dans les détails

Le diable est dans les détails. Un fil qui dépasse. Une rature qui cache une faute d’orthographe. Rien n’est jamais parfait. Tout est fait et surfait. Et dans ce tout, il faut chercher la petite bête, celle qui monte, qui monte, celle qui s’installe au plafond et nous rend dingue.
Il faut faire preuve de beaucoup de détermination pour se battre contre elle et parfois même de raison pour la laisser cohabiter. Pourquoi l’écraser comme une vieille fourmi ? Cette petite bête qui monte, qui monte représente-t-elle la colère prête à exploser ? Pourquoi ne serait-elle pas une autre émotion ? Des papillons dans le ventre, c’est mignon aussi. Toutes ces bêtes, tous ces insectes, le minuscule dans l’infiniment grand, une bête à bon dieu avec des points noirs comme sur un domino. Une bête à bon dieu pour vaincre le diable qui s’immisce dans le détail.
Pourtant, c’est le détail qui réduit la distance quand tu es loin de moi. Je me souviens de tes pattes d’oie, je me souviens d’une cicatrice, je me souviens d’une tache de rousseur. Chaque détail me rappelle à toi. Une jolie façon de te démultiplier. Tu es là, toujours là, près de moi, pas une fois, pas deux fois, des milliers de fois.
Je danse avec ta jambe droite, je virevolte avec ton bras gauche, je tangue dans le creux de ton épaule. J’embrasse le cœur de ta lèvre supérieure. Je caresse ta paume gauche.
Le diable est dans les détails. J’aime me laisser tenter. Je l’affronte en duel, je lui clame que je ne me laisserai plus faire. Je lui dis qu’il me perd dans mes souvenirs de toi. Il sourit et me répond : »Et alors ? ». Et alors ! Et alors !
Des larmes coulent sur mes joues et je sens tes doigts les attraper et les écraser tout en délicatesse.
Tu es loin, trop loin. Barbara chantait « Dis, quand reviendras-tu ? ». Mais tu n’es pas parti à l’aventure, tu n’es jamais vraiment venu. Tu apparais dans mes rêves, dans le détail d’un geste, tu es tellement loin. Le diable rit.
Une bête à bon dieu se pose sur ma main puis s’envole. Ça porte bonheur, il paraît. Tous les signes sont bons pour trouver une forme d’encouragement. Le diable rit. Je comprends dans ses yeux rieurs que ces signes sont aussi des détails auxquels on donne de l’importance. Il gagne, il gagne du terrain. La petite bête monte, monte. Il me fait un clin d’œil.
Je panique, je veux le fuir. Il me chuchote. « D’où te vient cette montée de désir ? La petite bête, la vilaine bête. Tu es trop loin, tu t’éloignes toujours plus et mon désir ne s’évanouit pas. Mes yeux turquoise s’effraient. Le diable est dans les détails. Les saisons passent, des pommiers du printemps aux sapins de Noël.
Ça serait bien que tu prennes ton élan et que tu te rassembles enfin. Le diable rit et se moque. Dois-je prendre cet élan pour m’éloigner de ce mirage ? Je suis une et entière. Tu es quelque part un et entier. Je cours, je cours encore plus loin. Je ne sais pas si je cours vers moi, si je cours vers toi, si je m’éloigne encore plus ou si je m’approche enfin.
Le diable sourit et hoche la tête. Il susurre. « Laisse-moi te rendre service. » Je ne comprends pas. Le diable me fait peur. Le diable m’attire. Le diable est dans les détails.

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