Luna Park

Dans le grand parc au centre de la ville, les forains avaient remonté leurs manèges. Le maître des lieux était resté ferme sur ses positions : aucune nouvelle attraction cette année. « Les gens veulent du soleil, alors on va leur en donner ! ». Les rayons de la grande roue se repéraient à des kilomètres, repeints d’un jaune criard. Là-haut, la lune pleurait en silence. Grande absente des aires de jeux. Oh, une belle exposition l’avait consacrée au Grand Palais. Des hommes et des femmes rêvent de voler à sa conquête, enfermés dans des bombes volantes. Et c’est tout. Et pourtant…

Les insomniaques lui réservent leurs plus beaux sourire. Car la lune, déconstruite par les nuages, offre un spectacle saisissant dans le silence de la nuit. Les histoires d’amour express des noctambules laissent craindre des ruptures brutales. Combien de lunes a-t-on pleurées sur le Grand Boulevard ? C’est extraordinaire, non ?

A contrario, les ronchons, les travailleurs des sous-sols et des galeries commerciales se moquent : « La lune se donne en spectacle ». Ce sont les premiers supporters des manèges ensoleillés.

Or c’est sans compter sur la petite fille du grand manitou. Connectée avec les amoureux du soir, les allergiques du plumard, elle déconstruit en silence tout ce que son grand-père fait. La nuit, les croissants se substituent au soleil. Lors de sa visite matinale, le boss s’énerve tout seul. Ou presque. «Laissez entrer le soleil ! » hurle-t-il. La petite ose passer sa tête bouclée et chantonner : « Le soleil a rendez-vous avec la lune ». En vain. Elle s’est jurée, lorsqu’elle serait grande, lorsqu’elle aura l’âge de planter des manèges dans les têtes et les cœurs, de créer un antre dédié à la lune. Luna Park.

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