A travers l’oeil

Justine a toujours eu un œil pour les détails. Toujours voir chaque élément indépendamment des autres avant de voir l’ensemble. Trouver la perle rare dans le tableau. Mettre en lumière ce que personne n’a vu. C’est ce qui fait d’elle une « grande » photographe. Enfin « grande », c’est juste l’adjectif que tout le monde ajoute. Elle se considère juste comme une photographe. C’est ce qu’elle a toujours voulu faire. Voir le monde à travers l’œil de l’appareil. Comme tout le monde, elle a commencé avec les photos floues et la trace du doigt. Puis ses parents se sont rendus compte de sa passion. De son obsession, comme ils l’appelaient. Ils ont décidé de la nourrir. C’est comme cela que tout a démarré. Avec des centaines d’appareils jetables, puis le vieil appareil de l’oncle Henri et enfin le cadeau des 18 ans, un appareil neuf. Un magnifique Reflex, le dernier sorti. Pour la récompenser de ses efforts à l’école. Le tout bien emballé dans un bon sermon sur le fait que photographe n’est pas un métier. Et pendant un an, Justine a mis un mouchoir sur sa passion pour leur faire plaisir. Jusqu’à ce qu’elle tombe sur une annonce pour une nouvelle école d’art. Elle a alors décidé de prendre son destin en main. Tout d’abord, en cachette, elle a passé les examens d’entrée. Puis, elle a été accepté avec une bourse. C’était un grand jour pour elle. La concrétisation d’un rêve d’enfant, qu’elle ne pouvait pas ne pas partager avec ses parents. Justine savait à ce moment-là que tout se jouait dans sa relation avec eux. Elle ne lâcherait pas son rêve, avec ou sans eux. La discussion fut chaotique mais ils décidèrent de lui faire confiance. Ils l’ont soutenu financièrement et moralement pendant ses études et les galères qui ont suivi. Ils l’ont soutenu jusqu’à aujourd’hui. Justine se tient à l’entrée de la galerie pour l’instant vide. Vide de gens mais pas de photo. Tout est prêt pour le vernissage. Son vernissage. Justine a les yeux qui pétillent en passant son regard sur chaque image. Les voiles blanches de la frégate. Les rangs de cheminées qui se découpent dans le ciel. Les gouttelettes d’eau qui prisment l’arrière-plan. Un bouquet de fleurs dans le soleil. Des mains qui dansent sur la guitare. Les cheveux tressés qui descendent dans le dos. Justine est heureuse mais stressée à la fois. Elle a l’impression que tout se joue à cet instant. Toute sa carrière, tout son avenir, toute sa vie. Un nœud commence à se former au fond de sa gorge, quand elle sent une main se poser sur son épaule. Elle tourne la tête et tout se dissipe quand elle voit le sourire chaleureux de sa mère et le regard tranquille de son père. Ses soutiens indéfectibles toujours au rendez-vous.

Ce contenu a été publié dans Atelier Papillon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.