Accepter ce qui sera

Depuis lundi, j’attends le jour d’après. Le lundi, c’est le jour de la lune et moi, j’aime le soleil. Le soleil, c’est pour les autres jours de la semaine et c’est encore mieux si on en a vraiment le samedi et le dimanche quand on doit ranger et qu’on ne sait pas pourquoi on ne le fait pas. En fait, on s’en moque et on se contente d’écouter les oiseaux qui chantent dehors.
Depuis trois secondes, je tente d’oublier que je suis sortie en laissant la fenêtre ouverte : le vent se chargera de tout nettoyer, c’était mon idée pour me déculpabiliser. Je marche longtemps dans l’espoir que ça m’aide. J’avance, je gagne du terrain.
Je fredonne en battant le rythme avec mes pas saccadés. Je chante faux. Je ne sais pas si c’est grave. Je ne pense pas car chaque jour, mon oreille s’affine ou devient plus clémente au son de ma voix.
Mon oreille a fait connaissance avec ma voix il y a peu de temps : je ne savais pas parler, aligner des mots et puis il était trop tard pour apprendre. Les sons n’arrivaient pas. Tout ça depuis que j’étais née. Rien n’y faisait.
Et puis, depuis le réveil des éléments, depuis que le soleil avait brillé, depuis qu’il avait plu, depuis que le vent avait soufflé, j’avais cherché, j’avais fouillé, j’avais creusé. Et j’avais trouvé ce que l’univers me donnait. Chaque jour, je respirais plus profondément, je croyais que c’étaient mes cellules qui se rafraîchissaient. Je me raclais la gorge, j’espérais ne pas sombrer au-dedans.
Depuis que les sons sortent enfin de moi, ça change ma perception des couleurs. C’est troublant mais j’aime bien ça. En fait, commencer cette nouvelle vie où le son de ma voix m’apparaît comme une musique que je ne sais pas lire me rend heureuse.
Je guette le vent pour siffler avec lui. Depuis l’an dernier, je crie beaucoup. Je fais trembler mes cordes vocales longtemps endormies. Seule la sensation de l’air qui les bouscule m’importe. Ça continue de bouger à l’intérieur. Ça fait vibrer mon cœur, mon ventre. Ça fait trembler mes mains. Je ne sais pas toujours comment m’y prendre et ça me hante parfois. Je repousse ce sentiment de peur et je me lance. J’attends que le soleil se lève pour recommencer. Je ne prends pas le temps de l’ennui. C’est bon, c’est doux de se sentir multiple dans les différents sons de sa voix. Je n’ai qu’à attendre le jour suivant pour découvrir d’autres octaves de moi et depuis que ma voix est là, je me passionne pour l’opéra. Pourquoi pas ?

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