« Elle marchait sous la lune dans sa lumière ronde et blafarde »

Elle marchait sous la lune, dans sa lumière ronde et blafarde. La brume autour d’elle l’enveloppait doucement, d’une humidité silencieuse et opaque. Dans la forêt, des ombres -mais peut-être étaient-ce des lumières – dansaient parfois, furtives et craintives.

Elle sentit tout contre sa joue un souffle léger, doux comme une caresse. Dans la nuit végétale un papillon bleu fluorescent apparut à quelques mètres, virant et virevoltant, l’invitant à la suivre.

Furtivement, la jeune femme se souvint des matins de printemps d’un autre temps, des matins radieux de soleil et de vent, où elle dévalait les collines et les champs jusqu’à s’enivrer du parfum capiteux de la terre déjà lourde de promesses de fleurs.

Il n’y avait plus de printemps depuis longtemps. Seulement la nuit brumeuse, la lune et sa clarté pâle comme seul soleil.

La végétation s’était faite abondante et avait englouti les traces de la civilisation passée. L’humidité, et un silence lourd et pesant, régnaient sur le monde.

Le papillon bleu tournait autour d’elle, insistant. Elle eut envie de le chasser d’un revers de la main. Il indiquait une sente à peine tracée entre les arbres, où la forêt se faisait plus sombre encore.

Elle était fatiguée. Elle avait envie de faire demi-tour, de retrouver la clairière et le village qui s’y était installée, de reprendre sa vie sans joie et sans surprise, sans peur et sans espoir.

Mais quelque chose l’avait poussée à partir, et à présent le même quelque chose la poussait à suivre les deux ailes vives et caressantes.

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