Basculer

Elle avait entendu le crissement des pneus sur l’allée de graviers. Il était de retour, il rentrait tôt ce soir. Une panique absolue s’empara d’elle. Il ne fallait pas qu’il découvre le corps ensanglanté et mort sur le tapis de la chambre d’ami, il ne fallait pas qu’il la découvre dans cet état, les vêtements et les mains couverts de sang, la robe déchirée, les cheveux hirsutes. Il fallait qu’elle agisse vite, très vite. Le temps qu’il remonte l’allée, qu’il fume sa dernière cigarette de la journée, elle avait deux minutes devant elle. C’était possible, elle pouvait le faire, elle pouvait encore fournir cet ultime effort. Se calmer, respirer, rouler le corps dans le tapis et le glisser sous le lit. Enlever tous ces vêtements, les cacher sous le lit, et prendre une douche, laisser l’eau bouillante couler sur ses épaules. Se calmer, respirer.
En sortant de la douche, elle sursauta, il était là, dans l’embrasure de la porte de la salle de bain. Il la regardait de haut en bas, dans sa nudité et dans sa fragilité, dans son extrême fébrilité. Ne pas craquer. Elle ne pouvait soutenir son regard. Ne pas craquer. Elle se cachait le sexe et les seins avec ses mains, par réflexe, les yeux baissés, au bord du gouffre.
Elle allait craquer, s’effondrer, quand il l’attira à lui, elle se blottit dans ses bras, enfouit son visage dans ses cheveux et se laissa aller à ses caresses, ses baisers. Pendant l’espace d’un court instant, un instant suspendu qui n’appartenait qu’à elle, elle n’était pas une meurtrière.

Ce contenu a été publié dans Atelier Papillon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

1 réponse à Basculer

  1. Emmanuelle P dit :

    Super, captivant. Encore une fois… la suite !!!

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.