Course à la clé

Elle tourna dans la rue des Bouchers. Puis, elle jeta un regard discret en arrière. Il était toujours là. Elle accéléra légèrement le pas. Mais pas trop pour qu’il ne le remarque pas. Plus que quelques rues et elle serait chez elle. Au bout de la rue, elle déboula dans l’avenue des Grands Arbres. Elle était peuplée à cette heure. Elle se dit qu’elle arriverait peut-être à le semer au milieu des gens. Elle décida de slalomer entre les passants mais se rendit rapidement compte que les changements incessants de direction n’étaient pas une bonne idée pour sa cheville fragile. Plus que quelques pas et elle tournerait dans la petite rue fleurie. Un coup d’œil par-dessus son épaule lui indiqua qu’il n’était plus derrière elle. De soulagement, elle ralentit et souffla. Une fois dans la rue, elle entendit des claquements de chaussures résonner. Dans un mouvement idiot, elle se retourna et croisa son regard. Il était toujours à sa poursuite. Elle décida alors de mettre ses heures de sport à contribution et se mit à courir. Il ne restait qu’un virage à gauche et une moitié d’impasse pour arriver chez elle. Pour ne pas lui indiquer son plan, elle fit un mouvement brusque pour prendre le virage. Sa cheville craqua quelque peu mais elle s’en occuperait plus tard. Pour l’instant, elle tenait le coup niveau souffle. Derrière elle, des pieds résonnaient toujours sur les pavés. De loin, elle vit le numéro 20 apparaitre. Presque. Au 16, le voisin sortit sa poubelle juste après son passage. Elle entendit alors des jurons et décida de prendre ce qui vient en accélérant pour les derniers mètres. 20 impasse des Bleuets. Enfin. Alors qu’elle approchait de la porte, elle ouvrit son sac et chercha ses clés. La porte était une chose mais il fallait aussi l’ouvrir. Ses mains fouillaient frénétiquement mais rien. Elle était devant chez elle. Plus loin c’était la fin de l’impasse. Derrière elle, les jurons avaient cessés mais le claquement sur le bitume avait reprit. Elle était figée. Que faire ? Avant qu’elle puisse décider, un corps entra en collision avec le sien. Elle se rattrapa à la poignée et lui à elle. ils se retrouvèrent nez à nez et elle le voyait enfin correctement; Bel homme, bien habillé, essoufflé. Puis il lui tendit un trousseau de clés « Vous cherchez cela ? » C’était le sien. A ce moment-là, elle aurait voulu ramper sous terre et se cacher jusqu’à la fin des temps. Il lui avait ramassé ses clés gentiment et au lieu de le remercier, elle l’avait pris pour un prédateur. Elle l’avait fait courir jusqu’à chez elle. Rouge comme une tomate, elle prit ses clés en le remerciant puis dans un élan de spontanéité et pour se faire pardonner l’invita à boire un café. Il accepta avec un sourire.

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