Depuis les toits

Les gouttes de pluie rebondissent sur le zinc des toits. Pas l’ombre d’une branche ne dépasse, pas la moindre ouverture sur une rue, une avenue. Seule une armée d’antennes ploient sous les gifles du vent, les cheminées ne leur sont d’aucun secours, elles servent juste à s’accrocher. Il est là, il attend, il ne sait pas vraiment quoi. Quelque chose qui viendrait le faire atterrir dans sa chambre, quelque chose qui viendrait l’aider à s’enraciner dans le moment présent. La pluie gronde, rompant le silence. Il se décide à tendre la main pour attraper un de ses vieux compagnons, l’un de ses cahiers où il collectionne depuis des années ses souvenirs de voyage. Il feuillette le dernier. Il n’a pas besoin de réfléchir, il sait que la dernière page, comme les précédentes, est couverte d’esquisses, des esquisses des toitures des villes où il a séjourné. C’est comme s’il était condamné à survoler le monde, sans jamais rencontrer quelqu’un ou quelqu’une avec qui parler, rire, jouer. Il se sent dans la peau d’un fuyard qui, comme les pigeons, ne connaît que les bords des toits pour se reposer, jouant avec l’appel de l’air et la peur de la chute. Pourtant, il rêve de faire un grand saut qui viendrait le sortir de sa mansarde, lui interdisant tout retour, ne lui donnant que l’injonction d’emprunter une route vers un ailleurs, au milieu de garçons et de filles, d’hommes et de femmes qui pourraient le voir, qu’il pourrait regarder, qui lui serviraient d’exemples ou de miroir. Il serait un corps, sur le sol, sur la terre qu’il pourrait piétiner ou jardiner. Il pourrait rencontrer quelqu’un avec qui parler, échanger. Sa voix ne serait plus un murmure pour s’assurer qu’elle est toujours présente. Il cesserait d’être un regard qui juge et qui survole. Il deviendrait un parmi les autres, prenant le risque de s’exprimer, de ne pas être compris, d’être contrarié mais aussi, et peut-être surtout, d’être apprécié, encouragé, aimé.

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