Égarement

Elle l’a appelée Hellébore, sa petite fleur guérisseuse de folie. Drôle de prénom, a craché sa mère. Ce sera mon gri-gri, lui a rétorqué sèchement la fille.

Hellébore, c’est la conclusion d’une sévère déroute, d’une exceptionnellement longue sortie de route.

Hellébore par ses pleurs a pu énerver une mère aux yeux bleus effarés.

L’enfant épouse les peurs de sa mère, isolée dans son monde aux repères si farouchement figés. C’est l’histoire d’une femme perdue, cherchant sur des visages un amour inconnu. Elle a traîné dans les squares, vendu ses bras pour des paradis illusoires. De temps en temps l’équipe mobile lui donnait quelque antidote à sa dérive morbide.

Un petit matin, après une nuit folle, elle se releva de la rigole. Elle ne sut jamais qui l’avait mise là ; son ventre grossit, c’était comme ça.

A peine elle gémit, quand à Hellébore elle a donné vie. L’enfant a démarré une existence chaotique, élevée au milieu d’autres plantes toxiques.

Hellébore a grandi, enfant rousse à qui tout le monde sourit. Une agence de mannequins a acheté sa liberté ; devenir femme-cintre, quel emploi singulier ! L’état de la mère empirait, Hellébore n’osait plus croire qu’elle sortirait de ses rencontres orageuses, au-delà des rancœurs silencieuses.

Les années ont passé, Hellébore a parcouru le monde entier. Parfois elle passe par le square, pierre angulaire de son histoire. Derrière le chariot crade, la mère allongée, dont la santé se dégrade. Ainsi le soin elle refuse, dans sa folie elle vit recluse. Hellébore se sent impuissante à sauver une mère à ce point déroutante.

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