État uni

Le soleil se couche toujours au Nevada ou est-ce dans le Dakota. Il se couche et ne se lève plus. Dans l’immensité du pays, des États sont restés dans l’ombre, dans la nuit, traversés de bout en bout, avec quelques escales dans l’espoir de trouver des pépites d’or.
Le seul or de ces territoires vastes et peu peuplés : le maïs croquant pour les États le plus au Nord, le sable du désert pour d’autres. Dans ce territoire en mutation, ces États-là restent les mêmes, siècle après siècle. Les grains de maïs s’exportent plus grâce au Géant vert, les grains de sable virevoltent, laissent place à des palaces de néons et se posent quelques kilomètres plus loin mais jamais assez loin pour s’émanciper.
L’émancipation n’est pas le point fort de ce territoire malgré les nombreuses tentatives successives : une ruée vers l’or avec ou sans carte au trésor, un road-trip d’Est en Ouest sur la route 66. Ça a été dit, redit : c’est le pays où tous les rêves peuvent se réaliser. L’American dream est-il mythe ou réalité ?
Tout est là dans cette frontière, cette nouvelle frontière pour reprendre les termes d’un ancien président : quel individu vit son rêve, quel individu rêve sa vie ? Les révoltes se succèdent pour rappeler ce qui lie ce pays, ce qu’il a été, ce qu’il est, ce qu’il représente aux yeux du monde et ce qu’il restera.
Une place libre pour les artistes de New York à Hollywood, de Tribeca à Venice Beach. Un défilé de hippies, de gens de tout horizon pour signifier toujours et encore : « J’ai fait un rêve ». Pour ces rêves, des gens ont été assassinés. Des morceaux de cervelle se sont collés sur le tailleur Chanel rose, du sang a coulé, des bombes ont explosées, des avions se sont crashés.
Pour oublier tout cela, pour se rappeler l’immensité, pour rester debout malgré tout, Benoît a fait le tour du pays à bicyclette, comme Yves Montand le chantait. Yves Montand, l’américain d’adoption pendant quelques années, le temps de sa liaison furtive avec une certaine Marilyn.
Ce pays en continuel mouvement, ce pays qui n’a pas pu vraiment être nommé mais qui est un concept à lui seul malgré les coups pris depuis que Christophe Colomb y a débarqué.
Benoît n’est pas américain, enfin si mais pour lui on dit argentin. Il s’était demandé comment un pays sans véritable nom avait pris et fait accepter au monde entier de s’appeler du nom du continent, faisant abstraction des autres pays qui eux avaient un nom, un vrai. C’est cela être une puissance mondiale, avait-il pensé.
Benoît avait alors décidé, sur un coup de tête, de faire son road-trip, de traverser les endroits mal fréquentés, les lieux déserts, les villes lumière et s’imprégner tant qu’il le pouvait de tout cela. Il espérait que ça en ferait un homme meilleur.
Décrocher les étoiles, conquérir l’Amérique : un rêve comme un autre.

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