La fuite des robes virevoltantes

 Le soleil est haut et la chaleur écrasante. Sous les pieds, le sable crisse. Elles attendent un instant. Reprendre leurs souffles et leurs esprits. Prendre conscience de la situation. Chacune regarde celle à côté d’elle et n’y voit que de la détermination et de l’espoir. La détermination de ne pas faire marche arrière. L’espoir d’une autre vie. Devant elles, c’est le désert sans merci. Pourtant, cela leur semble plus doux que la cage dorée dans leur dos. Que les carcans d’une société repliée sur elle-même. Les hautes murailles sont bien loin. Elles ont profité de la nuit pour déjouer la surveillance des gardes et avancer le plus possible. A présent, elles cherchent un abri pour se protéger de la chaleur sans pitié. La piste s’ouvre devant elles. Devant la colonne de robes virevoltantes. Devant la dizaine de jeunes filles en quête de liberté. D’une vie différente de celle qu’on leur a promise. Les discussions se sont taries depuis un moment. L’eau des gourdes est rationnée. Mais la joie est toujours présente. A l’avant, Annie navigue les dunes du mieux qu’elle peut. Elle ne peut pas les décevoir. Elle est celle qui connait le désert. Celle qui leur a dit que c’était possible. Elle voyageait beaucoup avec son père et il lui a appris tout ce qu’elle sait. Mais surtout c’est lui qui lui a appris à connaitre sa valeur. Elle ne connaissait pas le carcan et sa « place » avant d’être recueilli par les Sœurs après sa mort. Dans cette société isolée et loin de chez elle, Annie a refusé de se plier aux règles. En secret, elle a essayé de faire comprendre aux autres qu’elles avaient tous les droits et tous les pouvoirs. C’est ainsi qu’elle a commencé à croire qu’elles pourraient s’échapper. Et maintenant, elle ne peut pas échouer. Elles comptent toutes sur elle. Elle essaye de se souvenir de tous les conseils de son père. Elles sont toutes emmitouflées. Elle avancent en haut des dunes. Si elle ne s’est pas trompée, elles devraient bientôt arriver à l’aplomb des Libellules. Un aplomb rocheux escarpé et sans aucune entrée pour qui ne sait pas voir. Annie sait que c’est une refuge sur pour les voyageurs. Et elle croit pouvoir retrouver l’entrée. Non, elle sait. Elle n’a pas le choix. Derrière la roche se trouve une source qui accueille la migration des Libellules. Au loin, elle aperçoit la formation. « Allez, on y est presque. »

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