L’étrange île selon Matthieu Saint

Au bas des Champs-Elysées, sur un banc entre Concorde et Franklin-Roosevelt, une revue abandonnée. Un évangile m’attend, imprimé sur du papier glacé.

Je feuillette ce format inattendu. Point d’évocation du jardin d’Eden, mais une île volcan dont l’éruption fantastique est annoncée pour le premier avril. C’est tellement incroyable que j‘y crois ; après tout, j’ai besoin de me changer les idées.

Je cherche l’auteur et son éditeur. C’est une agence de voyage dirigée par un dénommé Matthieu Saint. C’est pour cela que j’ai marché sans mal. L’étrange île selon SAINT Matthieu. C’est simple, et efficace.

Je trouve l’adresse de l’enseigne avenue des Pyramides.

– L’île volcan est en plein cœur du triangle des Bermudes !

– Fichtre ! Mais quelle direction prendre pour y accéder ?

Matthieu se gratte la tête.

– A dire vrai, vous êtes ma première cliente ; je ne me suis pas encore penché sur le sujet. Je vous promets un voyage sur mesure. Vous aimez quoi, chère madame ?

– J’aime marcher longuement ; cela me met en communion avec la nature.

– C’est vrai ? Alors dans ce cas, on réduit considérablement le coût des transports sur place, et je vous propose d’effectuer tous les déplacements sur l’île à pied. Si vous saviez, c’est une vraie pagaille, les voitures, là-bas. Il y a ceux qui respectent les panneaux, et ceux qui s’y opposent. Bref, ce n’est pas certain que vous trouviez un taxi pour vous conduire sur les sites remarquables.

– Ah ! Ce n’est pas grave. Et les incontournables sont… ?

– Alors vous verrez le volcan ; il a une forme très particulière de triangle.

– Parce que vous avez déjà aperçu de volcans carrés ?

– La terre est vaste, chère madame, et qui sait si sous les mers, ne se cacherait pas un volcan carré, hein ?

– Soit. Et en terme d’hébergement, qu’avez-vous à proposer sur l’île volcan ?

– Il y a possibilité de se réfugier chez l’habitant, pour un tarif très modique, lorsque les automobilistes règlement leurs comptes, à coup de fusil, autour de la compréhension des panneaux.

– Ce n’est pas très réjouissant tout ça… Je vais réfléchir.

Je sors de l’agence de M. Saint. D’un « il est temps de partir » je suis peut-être sur le point de conclure « il est préférable de rester ». Pour le moment. Le chemin de la liberté attendra avant d’imprimer mes pas.

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