L’homme du RER de 7h02

A l’homme que je croise tous les matins dans le RER de 7h02 à Vincennes.

Je sais que tu sais qui je suis. Je sais que tu t’inquiètes les jours où je ne monte pas dans le RER de 7h02 de Vincennes, comme je m’inquiète et comme je suis déçue quand je ne te trouve pas, là, debout sur la plateforme de la rame de tête. La faute au télétravail ou à la pluie ou au pneu de ton vélo qui a crevé peut-être ?
Moi aussi, je sais qui tu es, même si je n’ai jamais entendu le son de ta voix, si je ne connais pas l’odeur de ta peau. Tu es l’homme qui lit debout, tu es l’homme qui plonge dans les mots et dans les rimes, quand autour de toi, les autres se plongent dans leur smartphone, leur musique ou leur sommeil.
Et moi, je note le livre que tu lis et le soir je cours me l’acheter, et je me plonge en léger décalé dans les mots qui t’absorbaient le matin. Le lendemain, quand je monte sur la plateforme de la rame de tête du RER de 7h02, j’arbore mon livre, mi timide mi malicieuse, et je sais que tu as remarqué mon petit manège, je te vois regarder la couverture de mon livre, je vois ton léger sourire, ton léger embarras aussi.
Je te connais au travers de tes lectures, et j’aime ce que je lis. J’aime ce rendez-vous matinal, je n’aime pas te voir partir à Chatelet quand moi je descends à la Défense, mais j’aime l’attente jusqu’au lendemain, j’aime lire les mots que tu as lu quelques heures avant moi, sur le trajet du soir.
Je te connais au travers de tes lectures, et j’aime ce que je lis.

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