Sur la route

Derrière son volant, avec effroi, elle voit arriver l’échangeur. Les mains moites, elle fixe les tentacules qui se rapprochent. Plus de batterie, plus de GPS, elle va devoir se fier à sa bonne étoile pour prendre le bon tentacule, celui qui la sortira de cet enfer, enfer de voitures, de voies à traverser, de clignotants à surveiller. Elle aspire à retrouver une route tranquille qui ne l’obligera pas à rester hyper concentrée sur sa conduite. « C’est bien féminin tout cela, ne pas avoir le sens de l’orientation, paniquée dans la foule et la cohue ». Elle entend sa voix qui ne manque jamais de lui rappeler ses faiblesses. C’est une des ombres qui encombrent leur couple, ce couple qui tangue, vacille mais qui résiste encore. Elle n’en revient pas elle-même. Toute cette énergie siphonnée, perdue pour sa recherche de son chemin pour se sentir bien dans sa peau, libérée de l’impact des commentaires, appréciations, conseils, ces éternels conseils sur ce qu’elle doit faire, devrait faire, aurait dû faire. Jamais un moment de tranquillité quand ils sont tous les deux ; jamais un moment où elle pourrait se laisser aller à être elle-même. C’est vraiment fatiguant, de plus en plus fatiguant. Oui, là aussi, ce sont des tentacules qui la happent, l’entraînent dans mouvements, des danses désordonnées, sans rythme, cadencées par l’impératif de la maîtrise, de l’autosurveillance. C’est trop, c’en est assez. Elle a envie de s’arrêter sur la bande d’arrêt d’urgence et d’attendre que les flots des enragés montés sur leurs quatre roues s’éloignent et lui laissent le champ libre. Seule, elle a envie d’être seule et d’y rester, seule. Avoir de l’espace, du temps, de la lumière. De l’harmonie, c’est cela, elle a envie que sa vie soit harmonieuse. Alors pourquoi rester avec ce gardien de la paix, incapable de lâcher son képi, sa ceinture, son bâton et son sifflet. Réactiver sa vie d’antan, partir à la recherche de ses amis délaissés, des plaisirs abandonnés, elle se dit qu’elle pourrait en faire son projet.

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